Alors que Québec mise sur son or bleu pour renflouer ses coffres, les exportations d'électricité n'ont jamais été si peu rentables. Depuis le début de l'année, Hydro en aurait tiré un profit à peine supérieur à son coût de production.

Hélène Baril LA PRESSE

«La marge bénéficiaire paraît mince», estime l'auteur de ce calcul, Olivier Charest, analyste en énergie de l'Association québécoise des consommateurs industriels d'électricité (AQCIE), qui regroupe les alumineries et les autres plus importants clients industriels d'Hydro-Québec.

Entre janvier et juillet, l'analyste a établi qu'Hydro-Québec a réalisé un profit net de 2,81 cents le kilowattheure sur ses principaux marchés d'exportation. C'est à peine supérieur à son coût moyen de production, qui est de 2,14 cents le kilowattheure.

Ce calcul repose sur les prix moyens observés dans les principaux marchés d'exportation d'Hydro-Québec, soit New York, la Nouvelle-Angleterre et l'Ontario, qui sont de l'information publique. Entre janvier et août, ce prix moyen a été de 4 cents le kilowattheure, duquel il faut déduire le coût du transport, les pertes d'énergie durant le transport et les frais de courtage, pour obtenir le revenu net de 2,81 cents le kilowattheure.

Hydro-Québec ne donne jamais cette information dans ses rapports annuels et trimestriels, déplore le porte-parole de l'AQCIE, Luc Boulanger. «Ce n'est pas normal qu'on doive avoir recours à des sources indirectes pour connaître la véritable rentabilité des exportations.»

La société d'État révèle parfois des chiffres sur la rentabilité de ses exportations, mais il faut insister pour les obtenir. Par exemple, à l'annonce de ses résultats du deuxième trimestre publiés le 26 août dernier, elle a affirmé avoir obtenu un prix moyen de 4,6 cents le kilowattheure sur les marchés d'exportation. Il est toujours question de prix moyen, jamais de profit net.

Ces chiffres «mêlent tout», selon Luc Boulanger, et ils ajoutent encore plus de confusion dans le débat où s'affrontent deux opinions: vaut-il mieux exporter ou utiliser l'électricité au Québec pour créer de l'activité économique?

Il n'est pas question d'exiger d'Hydro-Québec des informations stratégiques qui pourraient nuire à sa position concurrentielle, précise-t-il, mais plus de transparence est nécessaire pour se faire une idée des enjeux.

Depuis des années, l'Association québécoise des consommateurs industriels d'électricité affirme qu'il est plus avantageux pour le Québec d'utiliser son électricité pour créer des emplois plutôt que de l'exporter. Elle a déjà calculé que chaque kilowattheure utilisé par les entreprises grandes consommatrices d'électricité rapporte 14 cents en retombées économiques directes pour le Québec. Le kilowattheure exporté ne rapporte rien de plus que son prix de vente. Le Québec a tout à gagner à transformer son électricité en emplois, affirme l'ACQIE.

«C'est encore plus vrai aujourd'hui avec un revenu d'exportation net inférieur à 3 cents le kilowattheure», soutient son porte-parole. «Si le Québec avait tout misé sur les exportations plutôt de continuer d'approvisionner les alumineries, comme plusieurs le réclamaient, on serait mal pris aujourd'hui», soutient Luc Boulanger.

La rentabilité des exportations d'Hydro est au plus bas en raison de l'économie chancelante aux États-Unis, des bas prix du gaz naturel qui déterminent le prix de l'électricité et de la force du dollar canadien, qui réduit les profits encaissés en dollars américains.

On est dans une conjoncture difficile, reconnaît Luc Boulanger. «Mais quelles que soient les conditions du marché, la rentabilité des exportations décroît à mesure que la quantité exportée augmente. Il ne faut pas oublier ça.»