Des défis, les entrepreneurs et les gestionnaires en rencontrent tous les jours. La Presse vous propose une série d'articles présentant des difficultés et des solutions inspirantes adoptées par des gens sur le terrain. Cette semaine: comment assumer ses responsabilités comme employeur lors de l'incontournable fête de Noël?

Mis à jour le 11 déc. 2013
Martine Letarte, collaboration spéciale LA PRESSE

Des employés d'un pub sont invités à un souper de Noël et à un échange de cadeaux à thème érotique. L'un des propriétaires du pub, Jonathan, demeure sobre pour assurer le bon déroulement de la fête. L'alcool coule à flots et Sylvain, l'autre propriétaire, prend des menottes jouets et attache les bras de Sarah, une serveuse. Il descend la fermeture éclair avant de son chemisier. Elle lui dit de cesser. Il remonte la fermeture éclair, mais prend un glaçon et lui glisse dans le soutien-gorge en touchant son sein au passage.

Sarah a porté plainte pour harcèlement, et la Commission des relations du travail lui a donné raison.

L'ambiance festive et la consommation d'alcool ne justifient pas que l'on excuse des gestes à connotation sexuelle non désirés. De plus, comme facteur aggravant, Sylvain était le patron de Sarah, donc en position d'autorité.

Qu'aurait dû faire Jonathan? Intervenir avant que la situation ne s'envenime.

«À partir du moment où un employeur offre gratuitement de l'alcool, il expose ses employés à un risque et il a une responsabilité non seulement morale, mais légale de prendre les mesures appropriées pour les protéger», affirme André Royer, chef régional du groupe Droit du travail et de l'emploi à Montréal chez Borden Ladner Gervais (BLG).

Tout employeur a une obligation générale de prendre les mesures nécessaires afin de protéger la santé, la sécurité et la dignité de ses salariés en vertu de plusieurs articles du Code civil du Québec, de la Charte des droits et libertés de la personne, de la Loi sur les normes du travail et de la Loi sur la santé et la sécurité du travail.

Quelques suggestions

1- Rappelez à vos employés qu'ils doivent respecter les politiques de civilité et contre le harcèlement de l'entreprise lors des événements tenus à l'extérieur de l'horaire et du lieu de travail habituels.

«Donnez des exemples de comportements acceptables et inacceptables», conseille Me Royer.

2- Évitez de tenir la fête sur les lieux de travail.

«Les dérapages sont moins fréquents lorsque le party se tient dans un lieu public, comme un restaurant», remarque l'avocat.

3- Déconseillez à vos employés de conduire ce soir-là et informez-les à l'avance des options que vous mettrez à leur disposition.

«On peut prévoir des chauffeurs désignés, un service de raccompagnement, demander aux employés de remettre leurs clés de voiture à leur arrivée, louer un appareil pour mesurer le taux d'alcoolémie, payer les taxis ou des chambres d'hôtel», suggère André Royer.

4- Formez une équipe de gens en position d'autorité pour veiller au bon déroulement de la soirée.

«Ces gens doivent surveiller et intervenir au besoin», affirme Me Royer, qui a lui-même joué ce rôle lors des fêtes chez BLG.

Que faire si un employé en état d'ébriété s'obstine à vouloir prendre sa voiture?

«Je conseillerais d'appeler la police», dit-il.

5- Limitez la consommation d'alcool.

«On évite la formule bar ouvert, ou on la limite au début de la soirée, affirme André Royer. On peut donner des coupons pour les consommations.»

Il conseille aussi de dire aux barmans d'arrêter de servir de l'alcool à tout employé qui montre des signes d'ivresse.

L'Ordre des conseillers en ressources humaines agréés révélait que seulement 40% des travailleurs ont affirmé dans un sondage CROP en 2011 que leur employeur contrôlait leur consommation d'alcool lors du party de Noël.

«On voit même des concours de shooters dans certaines entreprises!», s'étonne Me Royer.

Eau minérale, jus, boissons gazeuses: offrez un bon choix de boissons sans alcool.

«Servez aussi de la nourriture pour éviter que les gens boivent de l'alcool l'estomac vide et dites aux serveurs de toujours remplir les verres d'eau, conseille l'avocat. Proposez aussi des activités plutôt que de garder exclusivement vos employés autour d'un bar.»

6- Appliquez des mesures disciplinaires au besoin.

«Sinon, vous pourriez voir des situations vous rebondir au visage. Par exemple, un employé humilié lors de la fête qui n'arriverait plus à revenir au travail par la suite pourrait se plaindre d'un congédiement déguisé, affirme Me Royer. L'employeur peut aussi se faire réclamer des dommages si un employé fait du grabuge, dans un restaurant par exemple, en plus de voir ce comportement ternir l'image de l'entreprise.»

7- Respectez la vie privée de vos employés.

«Faites attention à la prise de photos et à ce qui est diffusé sur les médias sociaux si vous n'avez pas les autorisations nécessaires, affirme Me André Royer. Vos employés ont droit à leur vie privée.»