Pour obtenir le droit d'exercer au Québec, les immigrés doivent être tenaces et disposer d'importantes ressources financières afin de franchir les étapes. Pour les soutenir, 1,5 million de dollars est maintenant disponible en prêts au Fonds communautaire d'emprunt de Montréal (ACEM) grâce à la contribution du gouvernement fédéral.

Mis à jour le 16 juill. 2013
Martine Letarte LA PRESSE

Alexandre Meza était architecte dans son pays d'origine, le Brésil. Arrivé au Québec il y a deux ans comme touriste, il a décidé de s'installer pour de bon dans la province avec sa famille. Il a fait du bénévolat dans un cabinet d'architecture, puis, lorsqu'il a obtenu son visa de résident permanent il y a un peu plus d'un an, il s'est trouvé un emploi de technicien.

Arrivé au bout de ses ressources financières, il voyait difficilement comment il pourrait traverser le processus de reconnaissance de son expérience avec le Conseil canadien de certification en architecture (CCCA), qui coûte plus de 5000$.

«On m'a alors parlé de l'ACEM, qui m'a accordé un prêt après avoir obtenu des références de mon employeur et du propriétaire de mon logement», raconte-t-il dans un bon français.

«Nous prêtons 10 000$ maximum par personne, et c'est ce que nous avons accordé à Thouraya Bouaddis, une immigrante venue d'Algérie où elle était vétérinaire», indique Indu Krishnamurthy, coordonnatrice de projet à l'ACEM.

«Il y a plusieurs examens à réussir pour obtenir le titre ici et c'est ce que ça coûte», précise Thouraya Bouaddis, qui avait pratiquement abandonné l'idée de pratiquer comme vétérinaire au Québec, faute de moyens financiers, avant d'entendre parler de l'ACEM.

L'organisme a la capacité d'accorder environ 200 prêts d'ici mars.

«Parfois, même prêter de petits montants fait une grande différence dans la vie des gens, remarque Indu Krishnamurthy. Par exemple, nous avons prêté 415$ à une infirmière venue de Colombie pour son inscription à l'Ordre.»

Des prêts adaptés

Pour accorder un prêt, l'ACEM regarde au-delà des chiffres.

«Nous examinons la personne dans sa globalité pour évaluer si elle est vraiment déterminée à aller jusqu'au bout de sa démarche, explique Mme Krishnamurthy. La personne peut obtenir son prêt par l'entremise de Desjardins, notre partenaire, si elle souhaite, par exemple, se bâtir une cote de crédit. Nous offrons aussi aux femmes d'être accompagnées par la Compagnie F, spécialisée en entrepreneuriat féminin.»

L'ACEM débourse la somme prêtée par tranches.

«Cela nous permet de contrôler le risque tout en évitant à la personne de payer des intérêts sur des montants dont elle n'a pas encore besoin, précise Indu Krishnamurthy. Cela nous permet aussi de suivre la personne dans son cursus professionnel.»

Par exemple, Alexandre Meza, employé du Groupe Marchand Architecture&Design, prépare en ce moment son dossier pour la troisième étape du processus de reconnaissance qui lui coûtera près de 1700$.

Thouraya Bouaddis est, pour sa part, inscrite au deuxième examen de son processus de reconnaissance en décembre et en s'y préparant, elle travaille comme technicienne dans une clinique vétérinaire.

«J'ai l'intention toutefois de demander un permis de pratique restrictif comme vétérinaire avant d'avoir le plein permis, dit-elle. Cela ne se fait pas au Québec, mais cela se fait en Alberta. Si personne ne tente de faire changer les choses, elles ne changeront pas!»

Les conditions de remboursement sont adaptées à chaque situation.

«Nous regardons le budget de la personne, ce qu'elle veut payer, et nous ajustons le remboursement en conséquence, explique Mme Krishnamurthy. Par exemple, si la personne n'a pas d'emploi, elle peut seulement nous payer les intérêts, qui sont de 4%. Et si la personne rencontre un problème, nous pouvons offrir plus de flexibilité qu'une institution financière traditionnelle.»

Donner son plein potentiel

«Pouvoir exercer sa profession est très valorisant pour un immigrant et cela lui permet de donner son plein potentiel à sa société d'accueil», souligne Indu Krishnamurthy.

Les prêts s'adressent à tous les résidents permanents ou citoyens canadiens arrivés au pays depuis 10 ans ou moins et qui pratiquaient à l'étranger l'un des métiers ou professions réglementés au Québec.

«Les prêts peuvent être accordés pour traverser le processus de reconnaissance, pour s'inscrire à des cours d'appoint ou pour acheter du matériel nécessaire à la formation», explique Mme Krishnamurthy.

Pour mettre en place ce projet pour les immigrés, le gouvernement fédéral est venu chercher l'expertise de l'ACEM, qui travaille en microcrédit communautaire depuis 23 ans.

«On dit qu'on prête de l'argent à des personnes à haut risque, mais notre taux de remboursement atteint 94%, indique Indu Krishnamurthy. Je crois que c'est parce que nous conscientisons nos clients au fait que les intérêts qu'ils versent et le remboursement de leur prêt servent à aider d'autres personnes.»