Que fait un boutefeu? À quoi ressemble le quotidien d'un animalier ou d'un détective privé? Pour le savoir, La Presse les a rencontrés pour vous. Regard sur des métiers inusités, rares ou méconnus.

Emilie Laperrière, collaboration spéciale LA PRESSE

Vous avez dit boutefeu? Si vous ne savez pas ce que ça mange en hiver, vous n'êtes pas les seuls. Le boutefeu exerce néanmoins un métier essentiel - et dangereux - dans les chantiers de construction: il manipule les explosifs et déclenche les explosions qui permettent de fragmenter des tonnes de roche.

Guy Latour est devenu boutefeu en 2006, après avoir obtenu un diplôme d'études professionnelles (DEP) en forage-dynamitage à Chibougamau. C'est de famille, puisque le jeune homme de 30 ans a eu la piqûre en observant un de ses cousins faire ce métier.

«Mon bureau, c'est l'extérieur, et ça me convient tout à fait. Je ne serais jamais capable de travailler dans un cubicule», précise-t-il. Il ajoute, un peu gêné: «On ne se le cachera pas, le salaire aussi est attirant.»

Minutie et rigueur

Très tôt chaque matin, Guy Latour arrive au chantier. Il enfile sa combinaison, prend l'équipement (très lourd) et graisse la foreuse, qui remplace le pic et la pelle d'autrefois dans l'arsenal des boutefeux.

Il remplit ensuite la machine d'explosifs et s'attelle au forage ou au dynamitage, selon le cas. «Pour les curieux, sachez que les bâtons de dynamite que l'on voit dans les films sont beaucoup plus petits que dans la réalité», explique Guy Latour.

Il consulte le plan de tir pour connaître les modes d'amorçage, ainsi que la nature et la quantité d'explosifs nécessaires. Il charge des trous de mine et relie les artifices pour créer une chaîne pyrotechnique. Après avoir vérifié que personne ne se trouve dans la zone de tir, l'explosion peut être déclenchée.

La règle d'or du boutefeu: la sécurité. «C'est un métier dangereux, et notre responsabilité est immense. Il faut être un peu fêlé pour devenir boutefeu, finalement!», constate Guy Latour.

Aujourd'hui, il doit forer un trou sous un viaduc, pour que l'équipe puisse ensuite enfoncer des pieux dans le sol. Le vacarme est assourdissant, il faut crier pour se faire entendre. Pas étonnant que le casque antibruit fasse partie de l'équipement du boutefeu.

«Il faut faire face à toutes les conditions: le bruit, oui, mais aussi le vent, le froid, la poussière, la boue, la neige parfois», explique Guy Latour. Le boutefeu doit donc s'adapter.

Le défi

Guy Latour est-il nerveux avant un dynamitage? «Évidemment! Ceux qui disent le contraire sont des menteurs, répond-il en riant. Honnêtement, le jour où je n'aurai plus peur, je devrai arrêter, parce que je serai dangereux. Pour moi et pour les autres.»

Si un dynamitage entraîne sa part de crainte, il apporte aussi une bonne dose d'adrénaline. «Dans le métier, on parle de la jouissance du dynamiteur, ce moment où, finalement, on appuie sur le bouton pour tout faire sauter. C'est notre récompense», affirme Guy Latour.

Un métier touche-à-tout

Il existe plusieurs sortes de forage-dynamitage: pour l'ancrage, les pieux, l'excavation, les mines, les puits artésiens, etc. «J'ai un faible pour le travail tout près des structures, pour le défi que ça représente, et les gros projets hydroélectriques», confie Guy Latour.

Il a déjà travaillé sur la Côte-Nord et serait prêt à y retourner, malgré les conditions. «C'est dur. On fait de longues journées, pratiquement sept jours par semaine. C'est épuisant. On est loin de notre famille aussi. Mais c'est très gratifiant.»

Danger, responsabilités, grande force physique et conditions extrêmes: inutile de dire que le métier de boutefeu est conçu sur mesure pour ceux qui n'ont pas froid aux yeux.