Même si la prochaine année risque de ne pas être aussi lucrative que les précédentes, les détaillants n'ont aucune raison de faire preuve de pessimisme en regardant les divers indicateurs économiques. Mais ils devront tout de même composer avec une série de défis, ont convenu des experts réunis lors d'un panel économique au Sommet Hop ! du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD).

MARIE-EVE FOURNIER LA PRESSE

« C'est toujours vrai de dire qu'une récession s'en vient. Mais [dire qu'on va] l'avoir en 2019 ou 2020, je crois que c'est [prématuré] », a lancé Jean-René Ouellet, analyste principal chez Valeurs mobilières Desjardins. Sur scène, il était entouré de Marc DeSerres, propriétaire des magasins du même nom, et de Daniel Normandin, expert en économie circulaire à l'Université de Montréal.

M. Ouellet a justifié son « optimisme prudent » par la vigueur du marché du travail et la confiance des consommateurs, principalement.

D'ailleurs, une étude réalisée par le Groupe Altus pour le Conseil québécois du commerce de détail (CQCD) et dévoilée lundi nous a appris que l'indice de confiance des consommateurs québécois avait remonté cet hiver d'un point pour atteindre 103,3 points. Un résultat supérieur à 100 signifie qu'il y a plus d'optimistes que de pessimistes.

L'indice de confiance Altus-CQCD est au-dessus de la barre des 100 points depuis l'automne 2017, après avoir été en dessous pendant sept ans.

Se battre pour « l'argent discrétionnaire »

La bonne tenue de l'économie ne rend pas le travail de commerçant facile pour autant, a soutenu M. DeSerres. « L'argent discrétionnaire, il faut se battre pour l'avoir ! »

L'homme d'affaires, qui possède 34 magasins d'un bout à l'autre du pays, a confié que la fréquentation était « en baisse partout » et qu'il « s'attaque en ce moment à [ses] pieds carrés », c'est-à-dire qu'il tente de réduire la taille de ses commerces.

Il s'affaire aussi en priorité à améliorer l'expérience dans ses commerces et à comprendre les réactions des consommateurs. Car même les soldes annoncés dans les circulaires n'ont plus l'effet d'antan. « Est-ce que le client nous croit quand on fait des rabais ? », a-t-il demandé à l'assistance.

« Dans le bon vieux temps, on mettait une page de publicité dans La Presse ou dans Le Journal de Montréal et les magasins étaient pleins la fin de semaine, a-t-il rappelé. Aujourd'hui, tous mes spécialistes du marketing me donnent des théories sur les réseaux sociaux et la visibilité, mais [ça ne se traduit pas aux] caisses enregistreuses. »

Le panel économique n'a pas fait de prédictions de ventes pour la prochaine année. Le CQCD et Altus ont dit s'attendre à une croissance de 2 %.

Comme toujours, le prix de l'essence est un élément clé dans l'équation, rappelle le PDG du CQCD, Léopold Turgeon. « L'essence à 1,30 $, ce n'est pas une bonne nouvelle. Une augmentation de 15 ¢ le litre, c'est 2 milliards de dépenses additionnelles pour les Québécois. » Évidemment, ces 2 milliards laissés dans les stations-service ne se retrouveront pas dans les tiroirs-caisses des autres détaillants.

Jean-René Ouellet a précisé que « le marché de l'emploi et l'inflation des salaires » étaient les deux indicateurs qu'il allait suivre de plus près dans la prochaine année. Quant au taux élevé d'endettement des consommateurs, « ça fait plusieurs années qu'on [s'en] inquiète », a-t-il rappelé.

Vers une hausse substantielle des prix ?

Le professeur Daniel Normandin a pour sa part fait valoir que les enjeux environnementaux auraient un impact important sur la consommation, dans un monde où 90 % des ressources ne sont utilisées qu'une seule fois.

« Étant donné que les ressources sont limitées sur la planète et que la demande pour ces ressources s'accroît avec le temps, on peut s'attendre à ce que le coût de revient des produits augmente de façon très substantielle au cours des prochaines années. Pour les produits de luxe, ce n'est pas trop grave, mais pour les produits de première nécessité, ça peut provoquer des crises. »

À son avis, divers nouveaux modèles d'affaires émergeront, poussés par les jeunes consommateurs qui préfèrent souvent payer pour l'usage plutôt que la possession. Il a notamment donné l'exemple d'une entreprise européenne qui loue des jeans. Et qui récupère le tissu des vêtements démodés pour en faire autre chose.