Le détaillant Canadian Tire planche depuis plusieurs années sur un ambitieux projet d'agrandissement de son centre de distribution de Coteau-du-Lac, près de Salaberry-de-Valleyfield. Sa réalisation, encore incertaine aujourd'hui, entraînerait des investissements de 300 millions et la création de près de 1000 emplois. L'importance du projet explique le fait que les autorités ont accepté de dézoner le terrain agricole convoité par la chaîne de magasins.

Mis à jour le 8 nov. 2016
André Dubuc LA PRESSE

Imaginé dès 2008, le projet devait franchir d'innombrables étapes pour voir le jour. Or, le processus est sur le point de se terminer, a appris La Presse.

S'il devient réalité, le nouveau centre de distribution recevra la totalité des produits de marques maison, Mastercraft, MotoMaster et Yardworks, de la chaîne au triangle rouge pour l'Ontario, le Québec et le Canada atlantique, d'expliquer Paul M. Normand, directeur, développement des affaires, d'Alta Industriel, propriétaire du parc industriel de Coteau-du-Lac.

Le détaillant, qui détient une option d'achat sur 81 hectares, ne paraît pas pressé de lancer les travaux ou bien il cache son jeu. « Canadian Tire n'a pas de planification en cours pour un agrandissement de son centre de distribution à Coteau-du-Lac », écrit, dans un courriel, Cindy Hoffman, directrice des communications.

« La promesse d'achat de Canadian Tire est encore valable, dit pour sa part M. Normand. Les échos que j'entends sont tous positifs. Le centre de distribution actuel est au maximum de sa capacité et c'est comme nécessaire qu'il pense à agrandir », soutient-il.

Le nouveau centre de distribution devait inclure un entrepôt de 16 hectares, environ 700 espaces d'entreposage de conteneurs (en piles de 5), du stationnement pour 1716 camions et 781 voitures. Le centre intégré alimenterait 75 % du marché canadien.

Ces détails sont tirés des décisions des tribunaux relativement à l'exclusion du site convoité de la zone agricole.

De fait, le projet d'agrandissement de Canadian Tire est la raison fondamentale qui explique que les tribunaux aient autorisé le dézonage agricole de 165 hectares en faveur du parc industriel privé Alta à Coteau-du-Lac. Un dossier qui a pris huit ans à se conclure à la faveur d'Alta, après moult procédures d'appel.

« L'implantation de ce centre de transport intégré à valeur ajoutée à Coteau-du-Lac aura des effets enviables et majeurs sur le développement économique de la région, écrivaient deux juges du tribunal administratif du Québec en mars 2011. Ce critère milite ainsi très fortement en faveur de l'exclusion demandée [...].

« L'industrie agricole ne suffit cependant pas à créer suffisamment d'emplois pour satisfaire à l'économie québécoise de sorte qu'il est nécessaire dans certaines circonstances de sacrifier des sols agricoles pour répondre à d'autres besoins de la collectivité », enchaînaient-ils.

CAPACITÉ DE 50 000 CONTENEURS PAR AN

Toujours selon la version du projet d'investissement présentée devant les instances quasi judiciaires, le centre intégré de distribution (incluant la phase 1 actuelle et la future phase 2) d'une superficie de 153 hectares aurait une capacité de transit de 50 000 conteneurs par an en provenance principalement d'Asie. Le cinquième des conteneurs transiterait par le port d'Halifax, dans le but de diminuer le nombre de conteneurs vides qui retournent au port de Vancouver.

Ouvert en 2009, le centre de distribution actuel (phase 1) de Canadian Tire est le joyau du parc industriel Alta de Coteau-du-Lac. Il sert à alimenter ses magasins situés au Québec et en Atlantique. Exploitée par Genco Fedex, la propriété vaut 250 millions et emploie 1150 personnes.

Pour ce qui est de la phase 2, on devait d'abord attendre le dézonage de terres agricoles pour savoir si l'investissement allait se réaliser. Une fois le dézonage devenu effectif, il fallait rendre conformes la réglementation municipale et le schéma d'aménagement de la MRC à la nouvelle vocation industrielle des terres. On devait aussi obtenir l'autorisation de la Communauté métropolitaine de Montréal et du ministère des Affaires municipales. Tout ce processus est sur le point de se terminer.

EFFETS D'ENTRAÎNEMENT

L'agrandissement du centre de distribution de Canadian Tire créerait un effet d'entraînement sur la grappe logistique dans Vaudreuil-Soulanges. Selon ce qu'on peut lire dans les décisions quasi judiciaires, l'entreprise Pival International, qui détient déjà des terrains chez Alta, a eu l'oeil sur 13 hectares additionnels pour un centre de distribution de 50 millions. Elle ne nous a pas rappelé.

Groupe Robert a manifesté dans le passé son intérêt pour 14 hectares, selon ces mêmes sources d'information. « Nous n'avons pas eu de propositions précises à ce jour quant au développement d'un potentiel site à Coteau-du-Lac pour Canadian Tire », précise aujourd'hui Caroline Lacroix, porte-parole du Groupe Robert. L'entreprise s'occupe du transport des remorques de Canadian Tire qui passent par l'actuel centre de distribution.

Groupe Goyette, de Saint-Hyacinthe, a détenu une option d'achat pour 5,6 hectares. On ne sait pas si l'option est encore en vigueur puisqu'il a été impossible de parler à son président Alain Caron.

Selon une étude de l'économiste Marc Van Audenrode, la phase 2 du centre de distribution de Canadian Tire créera un véritable pôle stratégique en matière de centre de transport à valeur ajoutée. La municipalité de Coteau-du-Lac, 7000 habitants, prévoit la création au total de 3000 emplois, en tenant compte des effets d'entraînement, et des revenus de taxation de 1,3 million.