Victoria's Secret, qui prévoyait ouvrir un certain nombre de magasins au Canada, a décidé de ne pas aller de l'avant en raison de la faiblesse du huard. Une décision qui a d'importantes conséquences pour les propriétaires de centres commerciaux.

Publié le 25 févr. 2016
Marie-Eve Fournier LA PRESSE

Certains avaient investi ou étaient sur le point d'investir dans la construction de locaux sur mesure pour le célèbre détaillant américain de lingerie affriolante. Les centres commerciaux concernés avaient également réussi à attirer des détaillants en leur promettant de les loger près de Victoria's Secret. Les baux incluent donc une clause de voisinage (co-tenancy, en anglais) qui permet de rompre le contrat si le voisin promis se désiste.

Or, la dégringolade du dollar canadien par rapport au billet vert rend le Canada moins attrayant pour Victoria's Secret.

« Rapatrier des profits réalisés en dollars canadiens, ce n'est pas très intéressant pour eux [Victoria's Secret]. » - Un gestionnaire de centres commerciaux

De plus, vendre en dollars canadiens des soutiens-gorge acquis en dollars américains est moins rentable que l'an dernier (les détaillants canadiens ont le même problème). Enfin, la reprise de l'économie américaine encourage les Américains à investir chez eux.

« Victoria's Secret a 37 magasins au Canada. Et ils avaient des plans pour en ouvrir d'autres un peu partout. Mais ils ont dit : "Pour 2016, on met toutes les transactions sur la glace." C'est malheureux, j'avais un local pour eux aux Galeries de la Capitale », a confié à La Presse Michel Brouillard, vice-président responsable de la location commerciale chez Oxford, propriétaire du centre commercial.

Le Quartier DIX30, une autre propriété d'Oxford (et de Carbonleo), est également touché par cette décision. Victoria's Secret était pressenti pour occuper un local très bien situé dans le Square.

Le détaillant de lingerie devait en outre s'installer à Place Sainte-Foy. Là aussi, tout est annulé, nous ont confirmé trois sources. Le propriétaire des lieux, Ivanhoé Cambridge, n'a pas voulu aborder le sujet avec La Presse. Il n'a pas été possible de savoir combien d'engagements Victoria's Secret a rompus au pays.

D'AUTRES BAUX ANNULÉS

Selon nos informations, les Galeries de la Capitale et Place Sainte-Foy auraient perdu d'autres locataires éventuels en raison des clauses de voisinage.

Michel Brouillard n'a pas voulu confirmer l'information, mais il ne l'a pas niée non plus. Il soutient cependant avoir « déjà un plan B » pour combler l'espace. « Je ne peux pas juste m'asseoir dessus en attendant qu'ils décident de venir. Ça nous force à être créatifs », convient-il. Selon divers articles publiés l'an dernier, les Galeries de la Capitale étaient en négociation avec Hugo Boss, Lululemon, Puma, Old Navy, Zara, Banana Republic et Sephora.

Selon Michel Brouillard, Oxford n'a pas « perdu définitivement » le détaillant de lingerie. Il se dit même convaincu que Victoria's Secret finira par ouvrir d'autres points de vente au Québec.

Du côté de Limited Brands (propriétaire de quelques enseignes, dont Victoria's Secret et La Senza), la vice-présidente aux communications, Tammy Roberts Myers, n'a pas voulu confirmer nos informations ni préciser les intentions de l'entreprise. « En 2016, nous prévoyons ouvrir un magasin Victoria's Secret et quatre boutiques Bath & Body Works au Canada », a-t-elle simplement écrit dans un courriel.

L'entreprise exploite actuellement 37 Victoria's Secret, 9 PINK, 98 Bath & Body Works et 150 boutiques La Senza en sol canadien.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Refroidi par la faiblesse du huard, le détaillant américain de lingerie Victoria's Secret n'a pas l'intention d'ouvrir de nouveaux magasins au Canada en 2016.