Les chaînes de restaurants pourraient bien profiter de l'entrée en vigueur de nouvelles mesures pour contrer l'évasion fiscale dans cette industrie pour prendre de l'expansion. Une situation qui serait facilitée par la fermeture de nombreux établissements depuis quelques mois.

Martin Croteau LA PRESSE

La Presse Affaires faisait état jeudi d'une vague de fermeture de restaurants à l'approche du 1er novembre, date à laquelle tous les établissements devront munir leurs caisses enregistreuses de modules d'enregistrement des ventes (MEV). Cette mesure les empêchera de cacher des revenus au fisc.

Or, affirment plusieurs experts du milieu, l'évasion fiscale et le travail au noir sont la seule manière d'atteindre la rentabilité pour bien des restaurants québécois. L'entrée en vigueur des nouvelles mesures imposées par Revenu Québec pourrait provoquer des dizaines, voire des centaines de fermetures dans les prochains mois.

La tendance pourrait profiter aux grandes chaînes qui, elles, sont heureuses de se plier aux nouvelles règles.

«Toutes les chaînes vont courir pour récupérer les restaurants», estime Christian Latour, professeur et propriétaire du Groupe Sherpa, une firme de consultation en restauration.

Le Groupe Sportscene, qui exploite les 51 succursales de la Cage aux sports, a accueilli avec enthousiasme la décision de Revenu Québec d'imposer des mouchards dans les caisses enregistreuses. La chaîne a été l'une des premières à tester le dispositif, et tous ses établissements sont conformes aux nouvelles normes depuis le mois de mars.

C'est peut-être un pur hasard, mais cette société va justement prendre possession d'un nouveau local à Saint-Jovite le 1er novembre, indique son grand patron, Jean Bédard.

Selon lui, les nouvelles règles forcent plusieurs restaurateurs à faire un choix: investir des milliers de dollars pour moderniser leurs établissements ou s'en départir.

«On sait une chose, il y en a encore beaucoup qui n'ont pas installé de modules d'enregistrement des ventes, donc ça pourrait faire que des sites se libèrent, constate M. Bédard. Et nous, on va regarder cela de près, c'est évident.»

En date du 5 octobre, seulement 13 584 restaurants québécois avaient équipé leurs caisses de mouchards, selon Revenu Québec. C'est à peine 61% des 22 257 établissements licenciés dans la province. À compter du 1er novembre, ceux qui n'auront pas installé les dispositifs s'exposeront à des amendes allant jusqu'à 10 000$.

Des coûts énormes

Bâtir un restaurant coûte une fortune. L'installation de base d'une cuisine - ventilation, plomberie, électricité - coûte au bas mot 250 000$ et cela n'inclut pas l'équipement utilisé par les chefs. Si la cascade de fermetures appréhendée dans les prochains mois se concrétise, les bannières pourraient mettre la main sur des locaux bien équipés pour une bouchée de pain, souligne Christian Latour, du Groupe Sherpa.

Ces locaux seront d'autant plus attrayants que les règlements municipaux et le zonage compliquent la vie à un restaurateur en quête d'un site. En reprenant un établissement qui existe déjà, les chaînes évitent de s'embourber dans un dédale administratif.

«Ça coûte beaucoup moins cher de reprendre un restaurant qui est déjà installé que d'acheter un local et d'y aménager un restaurant», résume Christian Latour.

La société Convivia, qui regroupe les bannières Pacini et Commensal, n'a pas lancé de mot d'ordre formel à son personnel pour traquer les fermetures de restaurants, explique sa porte-parole, Isabelle Verdier. En revanche, la direction aimerait bien profiter des nouvelles mesures de Revenu Québec pour attirer de nouvelles franchises dans son giron.

«On aimerait recycler des restaurateurs indépendants qui ont peut-être été déçus par leur expérience, explique Mme Verdier. Comme franchiseur, on est toujours à la recherche de franchisés potentiels qui sont passionnés par la restauration.»