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Ville intelligente: Toronto dans la controverse

Les dernières semaines ont été marquées par les... (Photo archives la presse canadienne)

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Les dernières semaines ont été marquées par les démissions d'au moins trois consultants de renom qui désiraient protester contre le déroulement du projet Sidewalk Toronto confié à une entreprise soeur de Google, Sidewalk Labs, et qui consiste à faire d'un secteur dévitalisé du port de Toronto le quartier « le plus mesurable au monde ».

Photo archives la presse canadienne

Sidewalk Toronto, le projet de ville intelligente le plus audacieux en Occident, traverse présentement le passage le plus houleux de sa courte histoire.

Les dernières semaines ont été marquées par les démissions d'au moins trois consultants de renom qui désiraient protester contre le déroulement de ce projet confié à une entreprise soeur de Google, Sidewalk Labs, et qui consiste à faire d'un secteur dévitalisé du port de Toronto le quartier « le plus mesurable au monde ».

« Je ne voulais pas démissionner, mais j'avais le sentiment de ne pas avoir le choix », dit l'ex-commissaire à la vie privée de l'Ontario, Ann Cavoukian, embauchée par Sidewalk Labs pour la conseiller sur les questions de protection des renseignements personnels.

Véhicules autonomes, robots éboueurs, capteurs en tous genres qui mesurent le passage des piétons ou la qualité de l'air : les 5000 résidants du futur quartier Quayside seront entourés par des innovations à la fine pointe des technologies urbaines, prévoit Sidewalk Labs, qui est aussi derrière la conception du parc High Line et du service d'accès internet sans fil LinkNYC, à New York.

DES ENJEUX

Le projet soulève toutefois des enjeux inédits quant à la propriété, la gestion et la monétisation des données personnelles.

« Normalement, le consentement des individus doit toujours être obtenu avant qu'on utilise leurs données, dit Ann Cavoukian en entrevue avec La Presse. Or, c'est impossible dans un tel environnement où des données seront emmagasinées 24 heures sur 24. »

Sidewalk Labs a donc proposé, jeudi dernier, que les données recueillies dans le cadre de ce projet soient confiées à une « fiducie numérique indépendante » qui aurait pour mandat de les « dépersonnaliser » afin de respecter la vie privée des résidants.

Cette proposition ne couvre toutefois que les données recueillies par Sidewalk Labs, et non celles amassées par les entreprises partenaires, explique Ann Cavoukian.

« Je suis devenue folle en apprenant cela, dit-elle. Ça ne peut pas être laissé à la discrétion des entreprises. Dans ce type de projet, les données doivent être rendues anonymes à la source, un point c'est tout ! »

Universitaire de renom, Mme Cavoukian est à l'origine de plusieurs concepts relatifs à la protection des renseignements personnels qui ont notamment été inscrits dans le Règlement général sur la protection des données, adopté par l'Union européenne en mai.

La démission de Mme Cavoukian fait suite à celles de l'entrepreneure torontoise Saadia Muzaffar et de John Ruffolo, vice-président directeur d'OMERS Ventures, le fonds de capital de risque de l'une des plus importantes caisses de retraite du pays.

CÉDER LES DROITS

En août, le Globe and Mail a révélé que Sidewalk Labs demande à ses partenaires immobiliers de céder tous leurs droits de propriété intellectuelle liés aux innovations en matière de design qui seront implantées dans ce nouveau quartier. Et ainsi, le potentiel de les commercialiser dans le monde entier.

Cette nouvelle a fait dire au fondateur de Research In Motion et l'un des critiques les plus farouches de Sidewalk Toronto, Jim Balsilie, que cette « prétendue ville intelligente n'est pas seulement la plus stupide, mais aussi la plus dangereuse » de toutes les stratégies d'innovation lancées au Canada depuis 30 ans.

« Sidewalk Toronto n'est pas une ville intelligente. C'est une expérience colonisatrice du capitalisme de surveillance qui tente de résoudre des problèmes urbains, civils et politiques importants », a-t-il écrit dans une lettre ouverte publiée dans le Globe and Mail au début du mois.

Jointe par La Presse, une porte-parole de Sidewalk Labs s'est refusée à tout commentaire officiel, mais a déclaré que l'entreprise demeurait engagée à trouver une proposition qui satisfera toutes les parties et permettra la poursuite du projet.

« Nous croyons que la propriété intellectuelle développée à partir des données urbaines issues de ce projet devrait être partagée d'une quelconque façon avec la ville où elles sont amassées », a-t-elle dit.

L'entreprise a aussi toujours nié que la collecte et la monétisation d'informations personnelles se trouvaient au coeur de son modèle d'affaires, préférant parler d'un projet inédit d'innovation urbaine.

LES OPTIONS DE SIDEWALK LABS

Professeur émérite à l'Université de Toronto, aussi embauché comme consultant pour ce projet, Andrew Clement croit que Sidewalk Labs « pourrait être en train de réévaluer ses options ».

« Ils pourraient même se retirer du projet, étant donné qu'ils ne semblent pas en voie d'obtenir l'accès aux données qu'ils auraient espéré », dit-il.

« Il revient maintenant clairement à Waterfront Toronto - l'organisme paramunicipal qui a lancé le projet et l'a confié à Sidewalk Labs - de trancher au sujet de la gestion des données, notamment quant aux garanties de confidentialité », ajoute-t-il.

« Mais je me demande s'ils seront capables de relever ce défi, comme ils comptent avant tout de l'expérience comme développeurs immobiliers et très peu en gouvernance des données. »

« Waterfront Toronto va s'assurer que toute organisation qui voudra s'implanter dans le secteur désigné va respecter l'ensemble de la législation canadienne en matière de vie privée et même au-delà », a dit la présidente du conseil d'administration de l'agence paramunicipale, Helen Burstyn, dans un communiqué transmis à La Presse.

« Nous n'en sommes qu'au début de ce processus. Waterfront Toronto et ses conseillers en sont encore à identifier les menaces à la vie privée auxquelles nous allons consacrer toutes les protections qui nous sont disponibles. »

Sidewalk Labs devrait livrer d'ici le mois de février un plan directeur qui sera soumis aux Torontois, et devra être approuvé par les trois ordres de gouvernement qui contrôlent Waterfront Toronto.

Les premiers résidants pourraient s'installer dans le quartier d'ici 2022, selon certaines estimations.

« Nous suivons ce projet de près parce que nous croyons que la collaboration est la voie à suivre », a dit en entrevue avec La Presse le ministre fédéral de l'Innovation, de la Science et du Développement économique, Navdeep Bains.

« Mais en même temps, nous regardons attentivement les questions de confidentialité et de propriété des données. Sidewalk Toronto est une bonne occasion de découvrir ce qui peut et ne peut pas fonctionner, et comment on pourrait l'appliquer à d'autres juridictions. »




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