Le gouvernement fédéral a échappé - voire gâché - de lucratives occasions d'affaires en Chine et dans le reste de l'Asie, et il lui faudra redoubler d'ardeur pour redresser la situation, affirme une éminente économiste canadienne dans un rapport rendu public mercredi.

Julian Beltrame LA PRESSE CANADIENNE

Par le passé, Ottawa a réussi à établir de solides relations bilatérales dans la région, notamment en Chine, est-il écrit dans le document, rédigé pour le compte du Conseil canadien des chefs d'entreprise (CCCE) et du Conseil commercial Canada-Chine (CCCC).

Mais pas ces derniers temps, précise l'auteure du rapport, Wendy Dobson, de l'École de gestion Rotman de l'Université de Toronto. Au contraire, les relations du Canada dans la région ont été «caractérisées par une approche au coup par coup».

L'ancienne sous-ministre adjointe au ministère fédéral des Finances et ex-présidente de l'Institut C.D. Howe affirme que les Canadiens ont maintenant en Asie la réputation de se présenter sur place sans établir de relations à long terme, et d'avoir «des exigences sans commune mesure avec leur importance».

Il est renversant que le Canada n'ait toujours pas signé d'accord important en matière de commerce ou d'investissement avec quelque pays asiatique que ce soit et qu'il brille par son absence dans les forums internationaux qui sont devenus la norme en matière de relations commerciales dans la région, estime Mme Dobson.

Dans le document de 27 pages, intitulé «Le Canada, la Chine et l'Asie émergente: proposition d'une stratégie», Mme Dobson ne vise pas directement le gouvernement conservateur, mais elle affirme clairement que le premier ministre Stephen Harper a erré en faisant tout d'abord preuve d'antagonisme à l'égard de la Chine communiste.

«Les Australiens et les Américains sont durs vis-à-vis des Chinois sur la question des droits de la personne, mais on ne fait pas ça publiquement», a-t-elle affirmé lors d'un entretien.

«On ne fait pas ça en Asie; les gens perdent la face. Et on l'a fait en Asie par le passé», a expliqué Mme Dobson, ajoutant toutefois n'avoir rien remarqué de tel récemment.

Le gouvernement conservateur, dont l'attitude était au début caractérisée par «l'ignorance et la méfiance», reconnaît maintenant la nécessité de traiter avec la Chine, en particulier depuis la visite du premier ministre Harper sur le sol chinois, en décembre 2009, alors qu'il s'est fait reprocher par son homologue chinois d'ignorer le géant économique naissant, a indiqué l'économiste.

Mme Dobson estime que le Canada devrait s'employer à nouer des relations plus étroites avec l'Asie et à «développer une marque Canada axée sur des objectifs ambitieux en matière de commerce et d'investissement».