L'un des principaux exportateurs canadiens de canola, Richardson International, affirme être victime de l'affrontement diplomatique entre Ottawa et Pékin découlant de l'arrestation d'une dirigeante du géant des télécommunications Huawei, Meng Wanzhou.

MARC THIBODEAU LA PRESSE

Les services douaniers chinois ont indiqué dans un document daté de vendredi que la firme de Winnipeg n'était plus autorisée, jusqu'à nouvel ordre, à acheminer ses produits dans le pays.

Le vice-président de l'entreprise, Jean-Marc Ruest, s'est dit convaincu en entrevue à CBC hier que les ennuis de Richardson sont liés aux tensions actuelles entre la Chine et le Canada. Il espère que la situation sera « résolue rapidement ».

Le Conseil canadien du canola a indiqué dans une réponse écrite transmise à La Presse qu'il était « préoccupé » par les « défis » que rencontrent les exportateurs canadiens traitant avec la Chine.

L'organisation a souligné qu'il n'existe pas de « preuve claire » que les difficultés de Richardson sont liées aux « frictions diplomatiques » des derniers mois, mais que leur impact potentiel n'en demeure pas moins inquiétant.

Le Canada exporte annuellement près de cinq milliards de dollars de canola, dont près de la moitié en Chine.

La ministre fédérale de l'Agriculture, Marie-Claude Bibeau, a indiqué hier qu'Ottawa suivait « de près » la situation et « toute incidence éventuelle » sur les relations commerciales avec le géant asiatique. Elle n'a pas fait de commentaires sur l'aspect potentiellement politique des difficultés de Richardson.

L'origine des tensions

Le gouvernement chinois ne décolère pas depuis l'arrestation de Mme Meng et maintient que la demande d'extradition américaine dont elle est la cible découle de considérations « politiques ».

Pékin presse le Canada de la libérer dans les plus brefs délais et multiplie les moyens de pression pour faire sentir son irritation.

La justice chinoise a annoncé lundi, pour la première fois, que deux ressortissants canadiens appréhendés en Chine dans la foulée de l'arrestation de Mme Meng faisaient face à de graves accusations d'espionnage, qui pourraient déboucher sur de lourdes peines.

L'intervention survenait quelques jours après que le ministère de la Justice canadien eut indiqué que la procédure d'extradition irait de l'avant après une première étape technique. Une date d'audience pour entendre les faits au coeur de la cause doit être fixée aujourd'hui.

Les États-Unis reprochent à Mme Meng et à Huawei d'avoir contourné, par des filiales, l'embargo imposé à l'Iran. Ils les accusent aussi d'avoir dérobé des secrets industriels à une firme américaine.

RICHARDSON INTERNATIONAL EN BREF

Cette entreprise canadienne est un important acteur du secteur agroalimentaire canadien dont le siège social est établi à Winnipeg, au Manitoba. Elle produit et exporte notamment dans le monde entier des produits dérivés du canola, dont de l'huile, et compte plus de 2500 employés au Canada et aux États-Unis.