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Les aliments végétariens plus populaires que jamais

Un étalage de tofu.... (PHOTO HUGO-SEBASTIEN AUBERT, LA PRESSE)

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Un étalage de tofu.

PHOTO HUGO-SEBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Le plus important distributeur d'aliments santé et bio du Québec voit la demande de protéines végétales connaître un bond sans précédent. Les ventes de cette catégorie ont bondi de 35 % depuis un an. Une tendance lourde, à laquelle Netflix, l'été chaud et A&W auraient contribué.

« On a déjà vu du 10, 15 ou 20 % de hausse. Mais là, c'est du solide. C'est soutenu et en accélération », dit le propriétaire du distributeur Horizon Nature, Daniel Dubuc.

L'entrepreneur attribue cet enthousiasme soudain des consommateurs pour la protéine végétale au réchauffement climatique qui a abondamment fait les manchettes depuis un an.

« 2018 a été une année particulière. Une année de changement, dit celui qui a fondé son entreprise il y a 15 ans. L'été a été très chaud et les gens ont pris conscience des changements climatiques. Ça a créé un engouement pour les produits végétariens. Je l'ai vu dans mes ventes ! »

Seulement au cours de l'automne dernier, ses ventes de tofu ont bondi de près de 30 %. Depuis deux ans, la hausse atteint 100 %.

L'effet Netflix

L'usine Gusta, dans le marché Jean-Talon à Montréal, observe le même phénomène. Ses ventes de saucisses et fromages végétaliens ont bondi de plus de 200 % au cours de la dernière année.

« C'est le facteur Netflix qui a ouvert les yeux du monde face aux problèmes d'élevage de masse de bovins », dit le directeur des ventes et du marketing Frédéric Boucher, en citant les noms de trois documentaires portant sur la viande (Cowspiracy, What the Health et Earthlings).

Il y a aussi « l'effet A&W » qui a mis sur son menu un burger végétarien avec une boulette à base de pois jaunes fabriquée par l'américaine Beyond Meat, ajoute-t-il.

« Ç'a été le point de bascule dans le monde de la restauration », affirme Daniel Dubuc.

IGA s'est aussi « positionné comme un leader », observe M. Boucher, en faisant beaucoup plus d'espace dans ses épiceries aux protéines végétales.

« Quand de gros acteurs font des statements comme ça, les gens se disent que ce n'est pas juste une tendance qui va rester quelques mois, mais que c'est quelque chose qui va durer », fait valoir Frédéric Boucher.

Même si Daniel Dubuc se réjouit de cette tendance qui favorise son entreprise, il rappelle que ce boom « a créé la crise du tofu », c'est-à-dire « une vraie pénurie » qui met de la pression dans le marché.

Heureusement, dit-il, des investissements sont en cours pour agrandir les usines existantes. La demande devrait continuer à croître puisque le nouveau Guide alimentaire canadien suggère d'augmenter la consommation de protéines végétales.

Prévisions justes

À Québec, le ministère de l'Agriculture (MAPAQ) avait donc vu juste : il prévoyait au printemps 2018 que les consommateurs allaient rechercher davantage « toutes les nouvelles sources de protéines : que ce soit pour des raisons de santé, environnementales ou de bien-être animal, les consommateurs cherchent des solutions de remplacement aux protéines animales ».

Certains détaillants en alimentation avaient vu la même chose dans leur boule de cristal. Daniel Dubuc raconte qu'il y a un an, après avoir servi un repas sans viande aux acheteurs de Sobeys (IGA au Québec), ceux-ci lui ont commandé presque 80 produits additionnels d'un coup.

S'il était dans un marché « pas évident » il y a 15 ans, Daniel Dubuc convient qu'il se trouve aujourd'hui « dans un créneau d'avenir ».

En 2017, les ventes de tofu ont bondi de 12,8 % au Québec pour atteindre 38 millions de dollars dans les très grands détaillants, selon Nielsen. Les données pour 2018 ne sont pas encore disponibles.

Horizon Nature en bref

• 100 employés

• Entrepôt de près de 50 000 pieds carrés

• 1300 clients : dont les commerces des enseignes Sobeys (IGA), Loblaw (Provigo et Maxi), Metro, Avril, Tau et Costco, plusieurs épiceries fines ou indépendantes et les restaurants Copper Branch

• Catalogue de 3000 produits bios, sans gluten, naturels et santé

• Marques distribuées : Biodélice (produits de l'érable), Natrel (laits bios), Cannelle (farines sans gluten), Commensal (prêt à manger), Délipomme (compotes), Fourmi bionique (granolas), Loop (jus), Natura (boissons de soya) et Vegpro (laitues) notamment

Daniel Dubuc, propriétaire d'Horizon Nature... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE) - image 2.0

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Daniel Dubuc, propriétaire d'Horizon Nature

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Le boulanger consolidateur

Tout en développant Horizon Nature, Daniel Dubuc consolide le marché de l'alimentation santé. Acheter les entreprises ou les marques qu'il distribue permet d'assurer la pérennité de ses activités de distribution, explique-t-il.

Ainsi, il a acquis ces dernières années la meunerie Moulin aux Abénakis (farines bios), la « boulangerie alternative » Inéwa ainsi que la chocolaterie Chocadel. De plus, l'homme d'affaires de 58 ans a discrètement acquis avant les fêtes les marques de boulangerie Nutriforce, Petit Boulanger et Charbonneau, a appris La Presse.

« Dans le pain bio, c'est tricky, dit Daniel Dubuc. Il n'y a pas une longue durée de vie du produit, alors les pertes sont élevées. » Résultat, les boulangeries, qui doivent souvent approvisionner les détaillants et reprendre les invendus, peinent à être rentables. Quand ce n'est pas pire.

« Inéwa, ça n'avait pas de bon sens ! La compagnie faisait des pertes à cause des retours. »

Faire « de la business consciencieuse »

En livrant plusieurs marques ensemble, Daniel Dubuc diminue significativement les coûts de distribution. De plus, il a développé un système qui diminue les pertes et a réussi à convaincre les détaillants d'y adhérer.

« Dans l'ancien modèle, on remplissait les rayons à profusion en se disant que les invendus iraient dans le conteneur, [...] Je ne me suis pas lancé dans le bio pour faire des pertes ! »

Jugeant, en outre, que « ce n'est pas conséquent » de faire du bio pour sauver la planète et de jeter de la nourriture au bout de la chaîne, il livre désormais moins de pains aux épiciers, quitte à ce qu'il en manque en cours de semaine. « Je veux faire de la business consciencieuse. »

Pierre Charbonneau, qui continue de fabriquer le pain Charbonneau dans sa boulangerie de Sainte-Julie, même s'il a vendu la marque à Daniel Dubuc, ajoute que le volume des ventes a beaucoup baissé depuis 20 ans. Les jeunes mangent moins de pain et les consommateurs sont moins fidèles aux marques et aux enseignes, ce qui complique les prédictions de demande. Et le gluten n'a jamais fait si peur.

La mode du sans-gluten a d'ailleurs encouragé Inéwa à mettre au point un pain contenant 1 % de gluten, un produit assez unique dans le marché. Ce pain est généralement toléré par ceux qui se disent sensibles au gluten.

« C'est ce qui a sauvé l'entreprise ! », dit le propriétaire de la boulangerie en insistant pour dire que ses pains ne contiennent aucun propionate de calcium, un agent de conservation soupçonné de plusieurs maux.

Daniel Dubuc croit que les étiquettes de tous les pains devraient préciser le taux de gluten, qui peut désormais atteindre 30 %, dit-il. Le blé en contient 11 ou 12 %. « L'étiquetage n'est pas honnête. Le consommateur en 2019 a le droit de savoir. Avec les moyens qui existent en plus... »

« Moi, je suis bien. J'ai l'impression d'arriver avec des solutions pour l'avenir. Ça me fait plaisir comme humain », conclut l'homme d'affaires.




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