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Attention à l'huile d'olive falsifiée

DAPHNÉ CAMERON
La Presse

Méfiez-vous des huiles d'olive à petit prix. Les récoltes désastreuses dans les oliveraies italiennes, grecques et portugaises l'automne dernier rendront les produits en provenance de ces pays plus vulnérables à la fraude au cours des prochains mois, préviennent les experts.

Cette baisse de production a attiré l'oeil de l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA), qui mènera, au cours de l'année, une importante campagne d'échantillonnage aléatoire pour repérer les huiles adultérées qui pourraient s'être frayé une place sur nos tablettes.

Avec une chute de plus de la moitié de sa production d'huile d'olive l'an dernier, l'Italie a connu l'une des « pires années de son histoire », a déclaré hier l'Institut public des services pour le marché agricole et alimentaire du pays. Les gelées survenues au printemps dernier auraient notamment fait passer la production de 429 000 tonnes en 2017 à seulement 185 000 tonnes en 2018.

57 % : Baisse de la production en Italie en 2018

35 % : Baisse prévue de la production d'huile d'olive en Grèce en 2018

15 % : Baisse anticipée de la production d'huile d'olive au Portugal en 2018

40 % : Hausse du prix moyen de l'huile d'olive extra-vierge italienne entre les mois de juin et de décembre 2018

La Grèce et le Portugal ont aussi vécu une année difficile. Selon les dernières prédictions du Conseil oléicole international, qui datent de novembre, la production de la Grèce pourrait avoir fondu de 346 000 tonnes en 2017 à 225 000 en 2018 en raison de l'insecte ravageur Xylella fastidiosa et du passage d'un typhon dans le sud du pays.

Les incendies de forêt et le climat auraient par ailleurs fait chuter la production portugaise de 135 000 à 115 000 tonnes durant la même période. La récolte d'automne des pays européens arrivera sur le marché canadien au cours des prochains mois.

Hausse de prix modeste, potentiel de fraude élevé

Grâce à une excellente récolte en Espagne - le plus grand producteur du monde -, le prix moyen de l'huile d'olive ne devrait pas augmenter de façon draconienne. Les récoltes y ont bondi de 26 %.

Claudia Pharand, des boutiques spécialisées Olive & Olives, évalue que ses produits italiens pourraient subir, tout au plus, une hausse de 5 à 7 %. « Par contre, nous travaillons sur des produits de qualité et non sur le volume », précise-t-elle, en soulignant que les entreprises qui importent de grandes quantités d'huile d'olive risquent d'être davantage frappées par la pénurie.

31 000 tonnes : quantité d'huile d'olive européenne importée au Canada l'an dernier

Là où le bât risque de blesser, c'est dans la qualité de l'huile, dit-elle. Certaines entreprises pourraient être tentées d'écouler des huiles rances ou, pire, des huiles adultérées avec d'autres types d'huiles qui coûtent moins cher, comme l'huile de palme, l'huile de soya ou l'huile de tournesol.

« Selon toutes nos évaluations, tout ce qui est liquide peut facilement être altéré et, évidemment, l'huile d'olive est un choix privilégié par les fraudeurs parce que c'est un produit qui coûte cher », dit Sylvain Charlebois, professeur à l'Université Dalhousie et spécialiste de la question de la fraude alimentaire.

« Et c'est facile parce que souvent, les consommateurs ne perçoivent pas la différence au niveau du goût. Il est certain qu'avec cette pénurie, on risque de rendre cette catégorie encore beaucoup plus vulnérable qu'auparavant. »

Un problème bien connu des autorités canadiennes

Avec le poisson, l'huile d'olive trône au sommet des aliments qui font le plus l'objet de fraude alimentaire dans le monde. Même si le problème est difficile à quantifier au Canada, l'ACIA ouvre chaque année des enquêtes sur le sujet. Ces « inspections dirigées » sont menées lorsque les inspecteurs du gouvernement fédéral soupçonnent un problème d'authenticité. Depuis 2013, leurs soupçons se sont avérés dans de 10 à 41 % des cas.

Avec le poisson, l'huile d'olive trône au sommet... (Infographie La Presse) - image 2.0

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Avec le poisson, l'huile d'olive trône au sommet des aliments qui font le plus l'objet de fraude alimentaire dans le monde.

Infographie La Presse

« Il ne faut pas présumer que le taux de non-conformité représente le taux de falsification de l'huile d'olive mise à la disposition du public canadien par l'intermédiaire de la vente au détail, puisque les inspecteurs sélectionnent les échantillons qu'ils croient être falsifiés », précise cependant l'ACIA.

En plus de ses « enquêtes dirigées », l'ACIA mène parfois des tests sur des produits qu'elle choisit de manière aléatoire dans la vente au détail. Une telle démarche a été faite l'an dernier dans l'industrie de l'huile d'olive. Sur les 150 échantillons recueillis au hasard, aucun n'avait été « coupé » avec une autre huile. Après avoir pris connaissance de l'état du marché en 2018, l'ACIA a malgré cela décidé de répéter l'exercice cette année. « L'huile d'olive continue à être l'un des grands produits que nous regardons », souligne Aline Dimitri, directrice générale de la direction des sciences de la salubrité des aliments à l'ACIA. 

L'huile d'olive adultérée est notamment une préoccupation pour l'ACIA, car les huiles de substitution pourraient contenir des allergènes.

Comment se prémunir ?

Le Québécois Aristo Stavropoulos, qui a fondé l'entreprise d'huile d'olive La Belle Excuse avec sa femme il y a plus de 12 ans, a subi les foudres de dame Nature dans son oliveraie familiale en Grèce. Contrairement à ceux de plusieurs de ses confrères, ses arbres n'ont pas été contaminés par les mouches, mais il a été victime du puissant typhon qui a ravagé le sud de la Grèce il y a quelques mois.

Résultat : il a perdu 20 % de sa récolte d'olives noires. Ses olives vertes ont été épargnées. Malgré cela, son entreprise sera en mesure d'absorber les pertes, et le prix de ses bouteilles restera le même, assure celui qui importe au Québec entre 60 000 et 80 000 litres d'huile d'olive chaque année.

Pour éviter la fraude, il conseille aux consommateurs canadiens de rester vigilants par rapport aux prix. « Selon moi, une bouteille de 500 ml d'huile extra-vierge coûte au minimum 15 à 16 $ à produire. Si la bouteille coûte 9 $, il faut vraiment se poser des questions ! »

Le chercheur Sylvain Charlebois abonde dans le même sens. « On fait un peu partie du problème parce que dans le fond, on cherche toujours un prix qui est abordable. Si vous achetez de l'huile d'olive authentique en Italie, vous allez payer le prix... C'est certain que le prix de l'huile d'olive qui fait l'objet d'une pénurie va augmenter. Si le prix n'augmente pas, posez-vous des questions : c'est l'oeuvre de la fraude ! »




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