Un virus ravageur qui s'attaque aux cochons menace l'Europe et dévaste les élevages chinois. La peste porcine africaine fait faire des cauchemars aux producteurs de porcs québécois, qui demandent à Ottawa d'agir avant qu'il ne soit trop tard. Des milliards de dollars sont en jeu.

Mis à jour le 18 janv. 2019
GABRIEL BÉLAND LA PRESSE

Les éleveurs de porcs du Québec s'inquiètent de la progression d'un virus qui décime des élevages de cochons à travers le monde. Ils demandent à Ottawa d'agir pour prévenir l'arrivée de la peste porcine au pays et de se préparer au pire.

« Il faut absolument se préparer. C'est un virus très difficile à éliminer », prévient le premier vice-président des Éleveurs de porcs du Québec, Yvan Fréchette.

La peste porcine africaine cause des hémorragies chez les cochons et est mortelle. Il n'y a ni vaccin ni traitement et le virus se propage rapidement aux bêtes.

L'éclosion actuelle est née en Géorgie en 2007. Le virus s'est ensuite propagé aux pays voisins d'Europe de l'Est. Il a atteint la Belgique et menace la France. Présent en Chine depuis août dernier, il fait des ravages : le gouvernement chinois vient d'annoncer l'abattage de 900 000 porcs malades.

Le Canada est pour l'instant épargné, tout comme les États-Unis. L'arrivée de ce virus à déclaration obligatoire aurait des conséquences énormes sur l'industrie québécoise du porc, la plus importante au pays. Les producteurs ne pourraient plus exporter leur viande pendant des mois. Or, 70 % de la production québécoise est destinée à l'exportation.

« L'arrêt des exportations aurait un impact économique de 4 milliards au Canada. À mon avis, il y aurait plusieurs producteurs qui seraient en faillite du jour au lendemain », prévient M. Fréchette. En 2017, les producteurs québécois ont exporté pour 1,6 milliard de dollars de porc.

Des saucisses contaminées

La peste porcine africaine n'affecte pas les humains. Mais les humains, eux, affectent la diffusion du virus.

« Le risque le plus important de propagation du virus, c'est l'être humain », affirme Martin Pelletier, directeur général de l'Équipe québécoise de santé porcine.

Des océans séparent le Canada des foyers viraux en Europe, en Asie et en Afrique. Mais certains voyageurs transportent illégalement de la viande dans leurs valises. En octobre dernier, les autorités japonaises ont annoncé la découverte du virus dans un paquet de saucisses en provenance de la Chine.

« Le risque serait que des gens importent illégalement du porc contaminé, note M. Pelletier. Le virus peut survivre plusieurs semaines et même des mois dans des produits saumurés ou fumés, par exemple. Oui, c'est contrôlé par l'Agence des services frontaliers du Canada, mais il y a des gens qui en mettent dans leurs valises illégalement. »

Les Éleveurs de porcs du Québec demandent donc à Ottawa de tripler le nombre de chiens renifleurs aux douanes. Cette mesure permettrait, selon eux, de réduire le risque de voir la maladie apparaître au pays.

Diviser le pays en deux

Les producteurs de porcs canadiens demandent aussi une mesure exceptionnelle à Ottawa : régionaliser la production. En termes clairs, ils veulent que la production porcine du pays soit séparée en deux, entre l'Est et l'Ouest.

« De cette manière, si, par exemple, des gens débarquent à Vancouver avec des produits contaminés et que des animaux sont affectés dans l'Ouest, alors l'Est pourrait continuer à exporter, explique Yvan Fréchette. Et vice-versa. »

Cette sorte de « frontière porcine canadienne » se trouverait à West Hawk Lake, entre l'Ontario et le Manitoba. Une seule route passe par là, la Transcanadienne. Les producteurs estiment que le lieu serait propice pour contrôler le flux de porcs et de viande.

Le but de cette demande est de rassurer les partenaires commerciaux, si un cas de peste porcine africaine était déclaré au pays, et de sauver une partie de la production destinée à l'exportation.

Dans une réponse par courriel hier, l'Agence canadienne d'inspection des aliments a dit « continuer d'évaluer » la pertinence de mettre en place la régionalisation.

Le ministre de l'Agriculture du Canada, Lawrence MacAulay, prend la situation très au sérieux, explique sa directrice des communications, Katie Hawkins. Elle rappelle que le ministre a rencontré son vis-à-vis américain en octobre « pour s'assurer que nous ayons les meilleures stratégies pour éloigner la peste porcine africaine de l'Amérique du Nord ».

La peste porcine africaine n'est pas nouvelle. Elle a été décrite dès 1921 au Kenya. L'Espagne et le Portugal ont notamment été aux prises avec le virus au cours du XXe siècle. Mais depuis 2007, la maladie gagne des régions qui n'avaient pas été touchés avant, d'abord des pays d'Europe de l'Est, puis la Chine depuis août dernier.

« Les producteurs nord-américains ont peur du virus, et avec raison », constate Brett Stuart, président de Global AgriTrends, une firme spécialisée dans l'analyse du secteur agroalimentaire.

« Quand on pense au mouvement global des marchandises, des personnes, des aliments aujourd'hui... Ce virus se propage en Asie, en Europe et en Afrique, dit-il. Personne n'est à l'abri. La peste porcine est un risque global. »

Zone blanche en France

La France vient de mettre en place une « zone blanche » d'un rayon de 80 km à sa frontière avec la Belgique. Deux sangliers porteurs du virus ont été découverts, le 9 janvier, du côté belge de la frontière. Les autorités françaises vont abattre tous les sangliers qui se trouvent dans cette zone blanche pour prévenir le passage du virus en France.