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Publié le 14 mai
Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

Comment peut-il y avoir du chômage lorsqu’il y a une pénurie de main-d’œuvre ?

Luc Bonin

La vitesse à laquelle le marché du travail s’est remis de la pandémie continue de surprendre. Le Québec se retrouve actuellement avec le plus bas taux de chômage au Canada et une pénurie de main-d’œuvre qui s’aggrave. Le nombre de postes vacants, tant au Québec qu’au Canada, est à un niveau record.

Comment peut-il y avoir encore du chômage ? se demandent beaucoup, dont notre lecteur. Il faut savoir que le nombre d’emplois offerts et le nombre de travailleurs disponibles pour les occuper ne correspondent jamais parfaitement, explique Simon Savard, économiste principal à l’Institut du Québec. Même en période de chômage élevé, il peut donc y avoir des pénuries de main-d’œuvre dans certains secteurs d’activité.

Ce n’est pas le cas actuellement. Il y a très peu de chômeurs. Au Québec, leur nombre est de 180 000. Chez les 15 à 64 ans, il y en a encore moins, soit 160 000.

Ces personnes sans emploi et qui en cherchent un ne sont pas nécessairement celles dont les entreprises ont besoin.

Il y a des barrières structurelles sur le marché du travail. Certains postes requièrent des qualifications ou des certifications qui prennent du temps à obtenir.

Simon Savard, économiste principal à l’Institut du Québec

C’est le cas des emplois demandés comme les infirmières ou les ingénieurs, mais aussi les électriciens et les plombiers.

Il y a aussi des barrières géographiques. Un chômeur ne veut pas nécessairement tout quitter pour s’installer loin de chez lui, où il y a des emplois disponibles. Il y a aussi un facteur de saisonnalité, qui fait que certaines entreprises, dans le secteur du tourisme ou des pêcheries, ont besoin de main-d’œuvre seulement quelques mois par année et peinent à attirer des travailleurs qui viendraient d’ailleurs.

Emplois peu convoités

« Beaucoup de postes vacants sont des emplois dont personne ne veut », souligne aussi Simon Savard. C’est le cas notamment dans le secteur des services, comme la restauration et l’hébergement, en raison des salaires peu élevés ou des conditions de travail difficiles, ou les deux. « Ceux qui sont à la recherche d’un emploi sont moins nombreux et sont plus sélectifs », résume l’économiste.

Dans son enquête d’avril sur le marché de l’emploi, Statistique Canada a souligné que le nombre d’employés qui gagnent 20 $ l’heure ou moins était en baisse et que le nombre de travailleurs qui gagnent 40 $ l’heure et plus était en hausse.

Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, les entreprises qui ont de la difficulté à recruter doivent prendre des décisions. L’immigration n’est pas la seule solution possible, selon l’économiste. Les employeurs peuvent mieux payer leurs employés, investir dans la formation et se tourner vers l’automatisation et la numérisation de leurs activités, comme la vente en ligne.

Quand ce n’est pas possible, la seule solution peut être de fermer boutique. « C’est ce qui est en train de se passer dans la restauration où, même si la demande est là, le nombre d’établissements et les heures d’ouverture diminuent. »

À moyen terme, l’économiste de l’Institut du Québec évoque deux scénarios. Celui des économistes de Desjardins, qui voient l’économie continuer à croître et le taux de chômage diminuer encore, jusqu’à 3 % en 2026, et celui du Conference Board, qui prévoit que le manque de travail finira par nuire à l’économie et que le taux de chômage remontera à 4,3 % en 2026.

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En savoir plus

  • 3,9 %
    Taux de chômage au Québec 
    Source : Statistique Canada, avril 2022
    5,2 %
    Taux de chômage au Canada 
    Source : Statistique Canada, avril 2022