Des algues toxiques aux microplastiques en passant par les fuites dans les réseaux de distribution d’eau, les problèmes liés à l’eau douce passent souvent inaperçus. Ce sera dorénavant la tâche d’un tout nouvel accélérateur, AquaEntrepreneur, financé en grande partie par Québec à hauteur de 2 millions, de trouver de jeunes entreprises prêtes à s’y attaquer.

Publié le 20 avril
Karim Benessaieh
Karim Benessaieh La Presse

L’annonce sera faite ce mercredi en collaboration avec AquaAction, fondé par la Fondation de la famille de Gaspé Beaubien en 2015. Depuis sept ans, cet organisme à but non lucratif a financé le démarrage de 36 petites entreprises avec son Défi AquaHacking, un préincubateur s’adressant aux étudiants qui veulent s’attaquer aux problèmes de l’eau douce.

« Notre génération a causé le problème, c’est la prochaine génération qui va trouver les solutions, affirme François de Gaspé Beaubien, président du conseil d’administration d’AquaAction. Il nous manquait un pont : quand l’entrepreneur arrive devant une municipalité, elle n’a ni les fonds ni l’expertise. Il n’y a pas de budget pour innover. »

Prédire les ruptures de conduites d’eau

Ce « pont », c’est AquaEntrepreneur, qui redistribuera les 2 millions de dollars en subventions de Québec auxquels s’ajoutera 1 million de partenaires privés. On offrira du financement aux 38 entreprises retenues sur un groupe de 75 pour mener à bien des projets pilotes. La rencontre des responsables du programme avec La Presse a d’ailleurs eu lieu dans les locaux d’une jeune pousse typique de celles que recherche AquaAction, CANN Forecast. Cette entreprise a établi des partenariats avec des villes, notamment Montréal, Sherbrooke et Gatineau, afin de prévoir par l’intelligence artificielle les ruptures de conduites d’eau.

On veut en outre permettre aux entreprises innovantes de travailler avec les utilisateurs des technologies de l’eau, notamment les municipalités, pour tester et valider leurs solutions. Ces entreprises seront guidées pour trouver leurs premiers clients, tandis que les municipalités seront accompagnées pour mettre en œuvre des projets pilotes.

AquaEntrepreneur « est à but non lucratif », précise M. De Gaspé Beaubien. « On n’est pas là pour faire un retour sur l’investissement. Notre retour sur l’investissement, c’est pour les citoyens. »

Pour le ministre de l’Économie et de l’Innovation Pierre Fitzgibbon, ce type de programme vient pallier ce qu’il décrit sur bien des tribunes comme une faiblesse du Québec, « la commercialisation de l’innovation ».

« La recherche publique, on est forts là-dedans. Quand on regarde la recherche privée, applicative, et les start-up qu’on a au Québec, il y a une défaillance, on est moins performants. »

Les 2 millions sur trois ans en subventions investis par son gouvernement, « on ne les reverra pas, du moins pas directement, et ce n’est pas grave, explique-t-il. S’il y a 25 entreprises qui vont se créer et exister, on va gagner comme Québécois ».

Exporter les connaissances

Le ministre cite notamment Singapour et Israël, dont il a examiné les modèles, pour leur capacité à mettre sur pied des programmes de subventions donnant un coup de pouce à l’innovation. « Il faut différencier la subvention pour l’innovation et les prêts aux entreprises. Ce qui nous manque, c’est avant […] Ici, on est en amont. Je veux qu’on augmente le nombre d’entrepreneurs au Québec qui vont faire de l’innovation, tous secteurs confondus. Dans le cas de l’eau, évidemment, il y a un bénéfice environnemental additionnel, pour les changements climatiques. »

Le programme sera géré en partenariat avec IVEO, un OBNL financé par Québec et des villes qui se décrit comme un « courtier d’innovation » pour implanter les meilleures solutions. Quant à AquaAction, il s’agit d’un OBNL au nom directement inspiré par ParticipACTION, fondé en 1971 par l’homme d’affaires Philippe de Gaspé Beaubien, alors propriétaire de l’empire médiatique Telemedia. Pour son fils François, s’attaquer à ce qu’il appelle « la crise de l’eau douce » a été le choix des plus jeunes membres de la famille.

« Saviez-vous qu’on avale chaque semaine l’équivalent d’une carte de crédit à cause du plastique dans l’eau ? Moi, je n’étais pas au courant. […] Nous sommes privilégiés au Québec et au Canada d’avoir au-delà de 20 % des eaux douces de la planète. C’est de l’or bleu qu’il faut préserver et pour lequel on devrait être capables d’exporter nos connaissances. »