(Ottawa) Les frais de la dette accumulée du gouvernement fédéral vont presque doubler au cours des cinq prochaines années sous l’effet combiné de l’encre rouge qui continue de couler à flots à Ottawa et de la hausse des taux d’intérêt.

Publié le 15 avril
Joël-Denis Bellavance
Joël-Denis Bellavance La Presse

Les frais de la dette passeront ainsi de 24,9 milliards de dollars lors du dernier exercice financier (2021-2022) – soit l’équivalent du budget de la Défense nationale de cette année – à 42,9 milliards de dollars en 2026-2027, selon les projections du ministère des Finances inscrites dans le dernier budget fédéral. En 2020-2021, ils s’élevaient à 20,4 milliards de dollars.

Le boulet que représentent les frais de la dette demeure maîtrisé pour le moment, estime le directeur parlementaire du budget, Yves Giroux. Il continuera de représenter environ 10 % des recettes du gouvernement fédéral.

Mais ce boulet pourrait s’alourdir et devenir problématique à long terme. La raison ? La ministre des Finances Chrystia Freeland n’a pas inclus dans son dernier budget trois dépenses importantes qui sont à prévoir au cours des cinq prochaines années : la hausse des dépenses militaires envisagées en raison de la guerre en Ukraine, la création d’un programme national d’assurance médicaments, qui fait partie d’une entente conclue entre les libéraux de Justin Trudeau et le NPD, et une majoration des transferts en santé, comme le réclament bruyamment les premiers ministres des provinces.

« Les frais de la dette sont gérables en ce moment parce qu’ils sont à un creux historique, surtout si on recule une trentaine d’années. Dans les années 1990, les frais de la dette représentaient une portion beaucoup plus importante des rentrées fiscales. C’était près de 40 % à ce moment-là. Nous sommes à environ 7 % et ça devrait passer à 10 % ou 11 % avec la hausse des taux d’intérêt qui est prévue. Donc c’est tout à fait gérable pour le moment et pour les années à venir », a indiqué M. Giroux.

Mise en garde

Cela dit, les frais de la dette pourraient éventuellement accaparer une part plus grande des revenus du gouvernement fédéral si la ministre des Finances va de l’avant avec certaines dépenses qui n’ont pas encore été incorporées dans les projections fédérales, a mis en garde M. Giroux.

Le gouvernement Trudeau subit de fortes pressions de la part de ses alliés de l’OTAN pour qu’il augmente les dépenses militaires d’une manière à ce qu’elles représentent 2 % du PIB du pays. Pour y arriver, cela se traduirait par une hausse annuelle de près de 17 milliards de dollars du budget de la Défense nationale.

En outre, Justin Trudeau s’est engagé à jeter les bases d’un programme national d’assurance médicaments dans l’entente qu’il a conclue avec le NPD qui assure la survie de son gouvernement libéral minoritaire jusqu’en 2025. Selon les calculs du directeur parlementaire du budget, un tel programme national pourrait coûter environ 19 milliards de dollars par année, selon les modalités.

Enfin, le premier ministre s’est engagé récemment à augmenter les transferts en santé aux provinces, sans toutefois avancer un montant. Les provinces, quant à elles, pressent le gouvernement fédéral de majorer les transferts de l’ordre de 28 milliards de dollars par année. Elles veulent qu’Ottawa paie au moins 35 % des coûts des services de santé au pays, contre 22 % aujourd’hui.

Il y a des dépenses importantes que plusieurs s’attendaient à voir dans le budget qui n’y étaient pas. Mais si elles se retrouvent dans les budgets subséquents, cela va accroître la dette. À moins évidemment que les impôts et les taxes soient augmentés de façon correspondante. […] Toutes ces dépenses potentielles pourraient avoir un impact considérable sur le service de la dette.

Yves Giroux, directeur parlementaire du budget

« La situation est gérable en ce moment parce que cela s’inscrit dans un plan global qui vise toujours à réduire le ratio de la dette/PIB. C’est sûr que le service de la dette, s’il s’accompagne de dépenses permanentes importantes qui font en sorte que le déficit croît, on entre dans une trajectoire de dette toujours en croissance. Le service de la dette est toujours une composante importante des dépenses gouvernementales », a-t-il aussi noté.

Dans cinq ans, les frais de la dette de 42,9 milliards de dollars représenteront un des postes de dépenses importants du gouvernement fédéral. À titre comparatif, Ottawa prévoit de verser 29,4 milliards de dollars en 2026-2027 en transferts aux familles dans le cadre de l’Allocation canadienne pour enfants. Il prévoit aussi de verser environ 26,3 milliards de dollars en prestations d’assurance-emploi aux chômeurs durant ce même exercice financier.

Dans le budget, le ministère des Finances affirme que « les frais de la dette publique en pourcentage du PIB demeurent inférieurs à la moyenne des deux dernières décennies pour la durée de la période de prévision, et ce, malgré les importants emprunts extraordinaires effectués en raison de la COVID-19 ».

En savoir plus

  • Un déficit record
    En 2020-2021, le gouvernement fédéral a enregistré en déficit sans précédent de 312,4 milliards de dollars. Il devrait s’établir à 52,8 milliards durant le présent exercice financier.
    SOURCE : ministère des Finances