Payer de l’impôt rend-il heureux ? On pourrait le croire, à voir le classement des pays qui s’estiment le plus heureux ici-bas.

Publié le 28 mars
Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

Année après année, la Finlande et les pays scandinaves se classent en tête des pays du monde qui s’estiment le plus heureux. Les contribuables de ces pays sont aussi ceux qui supportent un fardeau fiscal parmi les plus élevés. Ce classement annuel, appelé World Happiness Report, est établi par le Sustainable Development Solutions Network, initiative indépendante d’un groupe d’experts de tous horizons, dont fait partie l’économiste Jeffrey Sachs, sous l’égide des Nations unies.

L’exercice peut paraître futile, mais il ne l’est pas tant que ça. Le classement utilise les données mondiales de la firme de sondage Gallup sur l’opinion que les habitants d’un pays se font de leur qualité de vie et les croise ensuite avec les statistiques officielles, comme l’espérance de vie, le niveau d’éducation et le produit intérieur brut par habitant.

Les résultats de cet exercice annuel, qui en est à sa 10e année, sont d’un grand intérêt pour un nombre croissant de dirigeants qui estiment que le bien-être de la population devrait être un objectif plus important pour les gouvernements que l’augmentation du PIB.

Au Québec, un groupe d’économistes, d’universitaires et de représentants patronaux et syndicaux, le G15+, travaille actuellement sur un « indice du bonheur » basé sur 51 mesures de la vie individuelle et collective, dans le but de mesurer et d’améliorer le bien-être de la population.

Peu de changements en tête

Le palmarès du bonheur mondial 2022 n’est pas très différent de celui de l’année précédente, malgré la pandémie qui a ravagé la planète. La Finlande conserve la première place pour la cinquième année d’affilée. Tous les pays d’Europe du Nord se retrouvent en tête de la liste des 150 pays. Les trois pays qui ont grimpé dans le classement sont la Serbie, la Bulgarie et la Roumanie. Ceux qui ont le plus baissé sont le Liban, le Venezuela et l’Afghanistan.

Le Canada est au même rang qu’au classement précédent, soit 15e, mais dégringole depuis plusieurs années puisqu’il a déjà été cinquième au palmarès du bonheur mondial.

Ce qui saute aux yeux dans le classement du World Happiness Report, c’est évidemment que les pays qui occupent les premiers rangs sont ceux où la charge fiscale est la plus élevée. Les impôts élevés permettent d’offrir des services publics de qualité, ce qui contribue au bien-être de la population. C’est aussi une caractéristique des pays nordiques, où les systèmes de santé et d’éducation sont considérés comme les meilleurs au monde.

Autre constatation : les pays du top 10 sont de petits pays, relativement peu populeux. Ces deux caractéristiques sont liées, dans la mesure où il est plus facile de maintenir un régime fiscal juste et progressif, gage de paix sociale, dans les sociétés plus petites.

D’une année à l’autre, les auteurs du World Happiness Report remarquent que le niveau de cohésion sociale et les inégalités réduites jouent un rôle majeur dans la définition du bonheur d’une population.

Le facteur richesse

Il faut souligner que la richesse joue aussi un rôle important dans l’équation. Les pays les plus heureux ne sont pas les plus riches, mais leur PIB par habitant compte parmi les plus élevés des pays de l’OCDE, l’exception étant le Luxembourg, où l’importance du secteur financier et la faible population déséquilibrent les statistiques.

L’argent ne fait pas le bonheur, on le sait. Le Canada et la Finlande ont un PIB par habitant semblable, mais 15 échelons les séparent sur l’échelle du bonheur.

De nombreuses études ont démontré qu’au-delà d’un certain niveau, l’accroissement du revenu n’entraîne aucun bien-être supplémentaire. C’est ce qu’on a appelé le paradoxe d’Easterlin, du nom de l’économiste américain qui a étudié la relation entre l’argent et le bonheur.

L’argent ne fait peut-être pas le bonheur, mais il y contribue certainement. À l’autre extrémité des échelles du bonheur et du niveau de richesse, la relation entre l’argent et le bonheur est directe. Les pays qui ont le plus dégringolé dans le classement de 2022, le Liban, le Venezuela et l’Afghanistan, sont des pays qui vivent une grave crise économique. Et ceux qui sont les moins heureux sont toujours, année après année, parmi les pays les plus pauvres du monde.

Consultez le World Happiness Report (en anglais)