(Calgary) Les producteurs pétroliers du Canada pourraient augmenter immédiatement leurs exportations vers les États-Unis dans une certaine mesure, estiment des observateurs et des analystes de l’industrie, mais tout ce qu’ils pourraient fournir à court terme ne suffirait pas à combler le vide laissé par la Russie.

Mis à jour le 8 mars
Amanda Stephenson La Presse Canadienne

À la suite de la décision du président américain Joe Biden d’interdire l’importation de produits énergétiques russes, certains ont appelé mardi à un rôle accru pour le pétrole et le gaz naturel canadiens.

À Houston, au Texas, où il assistait à la conférence internationale sur l’énergie CERAWeek, le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, a indiqué qu’il diffusait le message voulant que sa province productrice de pétrole soit prête et disposée à aider les États-Unis à répondre à leurs besoins en énergie.

« Au lieu de remplacer le pétrole de la Russie par le pétrole de l’Arabie saoudite, de l’Iran et du Venezuela, travaillez avec nous », a fait valoir mardi M. Kenney sur Twitter. « L’Alberta est la solution. »

Ces derniers jours, M. Kenney a également appelé M. Biden à rétablir l’approbation du projet d’oléoduc Keystone XL, que le président américain a annulé peu de temps après son inauguration, afin d’augmenter les exportations de pétrole canadien vers le sud de la frontière.

Selon les données de l’agence d’information de l’énergie des États-Unis, les États-Unis ont importé près de 700 000 barils par jour de pétrole brut et de produits pétroliers de Russie en 2021.

Le Canada était cependant le premier exportateur vers les États-Unis en 2021, expédiant près de 4,3 millions de barils par jour.

Tristan Goodman, président du groupe industriel de l’Association des explorateurs et producteurs du Canada, a indiqué que le pays avait la capacité d’immédiatement augmenter ce nombre, soit par l’entremise des réseaux d’oléoducs existants, soit à l’aide d’expéditions de brut par chemin de fer.

« Il y a une capacité immédiate d’ajouter un certain degré de production, et je veux vraiment dire immédiat – c’est une question de semaines ou de mois. Ce sera une petite quantité, mais ce sera perceptible », a affirmé M. Goodman.

Cependant, M. Goodman note qu’en raison du sous-investissement des dernières années dans l’infrastructure des pipelines et dans le secteur énergétique canadien dans son ensemble, le maximum que le Canada pourrait s’attendre à fournir serait de 400 000 barils par jour, « avec un peu de chance ».

« Pouvons-nous aider ? Oui. S’agira-t-il de la solution miracle pour remplacer toute la production de brut russe destinée aux États-Unis ? Non », a-t-il affirmé.

Mardi, la Maison-Blanche a indiqué qu’elle s’était déjà engagée à libérer plus de 90 millions de barils de ses réserves stratégiques au cours de l’exercice en cours, ainsi qu’à vendre d’urgence 30 millions de barils la semaine dernière.

Les membres de l’Agence internationale de l’énergie ont également convenu d’un déblocage collectif de 30 millions de barils supplémentaires.

Kevin Birn, membre de l’Institut canadien des affaires mondiales et analyste en chef du marché pétrolier canadien pour IHS Markit, a estimé que le besoin immédiat aux États-Unis serait probablement comblé par les stocks, les réserves stratégiques de pétrole et les pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP).

« Le Canada est capable de produire beaucoup plus de pétrole, mais il ne pourra tout simplement pas être le premier à répondre à cela », a fait valoir M. Birn. « Pour augmenter l’offre de manière constante, le Canada aurait besoin de temps. »

« Un vrai défi »

Alors que les producteurs canadiens de sables bitumineux ont fonctionné presque à pleine capacité jusqu’à maintenant en 2022, ils pourraient envisager de reporter les projets d’entretien prévus ce printemps dans le but d’augmenter la production et de tirer parti des prix record, a estimé Richard Masson, chercheur et expert en énergie à la School of Public Policy de l’Université de Calgary.

« Mais les projets de sables bitumineux n’augmentent pas facilement leur production – cela prend du temps », a noté M. Masson.

Là où l’industrie peut évoluer rapidement, a précisé M. Masson, c’est dans le secteur du forage conventionnel. Mais même là, l’importante pénurie de main-d’œuvre qui a touché l’industrie cette année peut compliquer l’ajouter de plateformes et le forage rapide d’un plus grand nombre de puits.

« En pratique, ce sera un vrai défi », a-t-il affirmé. » Nous n’avons tout simplement pas les chaînes d’approvisionnement pour livrer cela rapidement. »

Au cours des dernières années, les producteurs de pétrole au Canada et dans le monde se sont concentrés sur le remboursement de la dette et l’augmentation des dividendes aux actionnaires, et les investisseurs ont peu d’appétit pour les grands projets d’immobilisations ou l’expansion de l’industrie, a ajouté M. Masson.

« Nous avons eu un tas d’années où nous n’avons tout simplement pas beaucoup investi, et c’est pourquoi le prix était si élevé, même avant [l’Ukraine] », a-t-il souligné.

« Ce n’est pas comme s’il y avait un tas de capacité disponible n’importe où, alors ouvrir le robinet maintenant va être vraiment difficile. »