Beaucoup de pays font des pieds et des mains pour attirer des investissements dans les matériaux de batteries pour les voitures électriques. Pas la Serbie, qui vient de mettre à la porte Rio Tinto et son mégaprojet de mine de lithium.

Publié le 24 janvier
Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

Le pays natal de Novak Djokovic a révoqué les permis déjà accordés à l’entreprise qui veut investir 2,4 milliards US pour exploiter la plus grosse mine de lithium d’Europe.

« Tous les permis et toutes les autorisations ont été annulés », a fait savoir jeudi dernier la première ministre du pays, Ana Brnabić, dont les propos sont rapportés par Reuters. « C’est la fin du projet. »

PHOTO DARKO VOJINOVIC, ASSOCIATED PRESS

Ana Brnabić, première ministre de la Serbie

C’est un revers majeur pour le géant minier, qui ambitionne de devenir l’un des plus importants producteurs de lithium au monde. Rio Tinto a déjà investi 450 millions US dans le projet connu sous le nom de Jadar.

Tout indique que la décision du gouvernement serbe est une surprise pour l’entreprise. Au début de la semaine dernière, tout juste avant de se faire envoyer promener, l’entreprise faisait état de sa décision de reporter d’un an la mise en production de la mine, tout en vantant son potentiel.

Le gouvernement serbe a justifié sa décision par la forte opposition de la population au projet minier en raison de son impact environnemental. La grogne populaire et l’imminence des élections auraient incité le gouvernement à retirer son appui à Rio Tinto.

PHOTO MARTIN BUREAU, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le joueur de tennis Novak Djokovic

Officiellement, la décision du gouvernement serbe n’a rien à voir avec l’expulsion de son champion national de tennis par l’Australie parce qu’il n’était pas vacciné, ce qui l’a empêché de participer – et probablement de gagner – l’un des quatre tournois du Grand Chelem de 2022.

Le géant Rio Tinto a deux sièges sociaux, à Londres et à Melbourne, en Australie, mais l’entreprise est surtout active dans le secteur minier australien, où elle produit du fer, de la bauxite et de l’aluminium.

Officiellement, donc, la décision du gouvernement serbe de retirer son appui au projet de Rio Tinto n’a rien à voir avec l’humiliation très publique subie par Novak Djokovic à Melbourne il y a quelques jours.

Mais certains signes indiquent qu’il pourrait quand même y avoir un lien entre les deux évènements.

Le gouvernement serbe s’était indigné publiquement de la façon dont le gouvernement australien avait « humilié » son champion. Et surtout, Djokovic avait lui-même appuyé les opposants au projet de mine de lithium.

Sur Instagram, où il compte plus de 10 millions de fans, le joueur a publié une photo des protestataires avec un commentaire sur l’importance de l’air pur, de l’eau et de l’alimentation pour la santé…

Un marché qui explose

La volonté d’un géant minier comme Rio Tinto de s’imposer dans le marché du lithium en dit long sur le potentiel de ce métal qui entre dans la fabrication des batteries pour les véhicules électriques.

Poussé par la popularité des véhicules électriques, le lithium est en forte demande et son prix est en forte hausse sur les marchés. Il existe plusieurs catégories et plusieurs types de marchés pour le lithium, qui commence à peine à être négocié sur les plates-formes boursières. Depuis le mois de mai, la valeur des contrats à terme a augmenté de 171 %, pour atteindre 38 $ US le kilo, selon les données de Refinitiv.

En Chine, le principal marché pour le lithium, le métal se négocie au niveau record de 348 500 yuans la tonne, selon TradingEconomics, soit plus de 50 000 $ US. Il s’agit d’une augmentation de 400 % depuis un an.

La demande du métal, le plus léger de tous, devrait croître de 25 % à 35 % par année au cours des 10 prochaines années, selon les projections de Rio Tinto.

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La vallée du Jadar, en Serbie, où Rio Tinto voulait installer une mine de lithium

Avec son projet Jadar en Serbie, Rio Tinto comptait produire 58 000 tonnes de lithium de qualité batterie annuellement pendant la durée de vie de la mine estimée à 40 ans.

Nemaska Lithium, dont le projet original de mine et d’usine de transformation a échoué lamentablement, ambitionnait de produire 37 000 tonnes par année de lithium de qualité batterie.

Tout le monde veut du lithium, mais peu de pays peuvent ou veulent accueillir les mines qui en produisent. Le Québec aurait sans doute bien accueilli un investissement de 2,4 milliards d’une entreprise comme Rio Tinto dans les matériaux de batterie.

La Serbie, quant à elle, a décidé de renoncer au projet qui lui aurait permis de devenir le plus important producteur de lithium en Europe. C’est peut-être à cause de Djoko, mais c’est peut-être aussi parce que le gouvernement veut être réélu.