Une mesure du Bonheur national brut pour la province est mise sur pied pour la première fois

Publié le 18 janvier
Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

Comment ça va, au Québec ? Un portrait de l’évolution de la société québécoise, au-delà du produit intérieur brut (PIB) et de l’emploi, vient d’être esquissé pour la première fois à l’initiative du patronat, des syndicats, des environnementalistes et des universitaires regroupés sous le vocable G15+.

La première édition des Indicateurs de bien-être au Québec, rendue publique ce mardi, a l’ambition de devenir un repère annuel qui orientera les politiques publiques et mesurera le progrès accompli et celui qui reste à faire, explique l’un des artisans de l’exercice, François Delorme, économiste à l’Université de Sherbrooke.

« Le fait que tout ce monde se mette ensemble et trouve que ça vaut la peine, c’est quelque chose d’assez extraordinaire », précise-t-il lors d’un entretien avec La Presse. « Ça n’arrive pas souvent au Québec qu’on parvienne à ce genre de consensus. »

L’idée émerge de la réflexion de principaux intervenants économiques et sociaux sur les façons de relancer l’économie du Québec une fois sorti de la pandémie. Il est apparu assez clairement que les mesures traditionnelles, comme le PIB, ne suffisent plus à mesurer le bien-être d’une société.

Ce premier portrait complet de l’économie québécoise couvre la période 2015-2019. L’année 2020 a été écartée parce que les statistiques avaient perdu leur sens. Il intègre 51 indicateurs économiques de sources crédibles et vérifiables. « C’était très important d’avoir des données statistiques validées de façon rigoureuse, qui peuvent être mises à jour, et pas des sondages d’opinion », souligne l’économiste.

Éclaircies et zones d’ombre

Le Québec a fait des progrès en matière d’inégalités sociales et de protection de l’environnement, disent les chiffres. « Nos investissements en transport collectif ont crû, mais les dépenses dans les nouveaux projets autoroutiers nous font faire un pas en arrière », relève par exemple Colleen Thorpe, directrice générale d’Équiterre, qui fait partie du G15+.

Un autre membre, Vivre en ville, souligne que la mise en chantier de logements individuels a diminué de 27 % entre 2015 et 2019, ce qui indique une augmentation de la densification urbaine et un effet positif sur la protection des milieux naturels et agricoles, souligne son directeur général, Christian Savard.

L’exercice a toutefois démontré des trous dans les statistiques qui empêchent de faire un bilan de plusieurs composantes du bien-être d’une population, comme la mesure de l’itinérance ou la nature des catastrophes naturelles et des urgences. Ces vides statistiques devront être comblés pour mesurer efficacement les signes vitaux du Québec, plaident les auteurs de cette œuvre collective.

Éventuellement, le portrait du Québec pourrait être synthétisé dans un seul chiffre mis à jour chaque année ou tous les deux ans, sur le modèle de l’Indice du développement humain des Nations unies ou du Bonheur national brut calculé par le Bhoutan pour mesurer le bien-être de sa population.

Le G15+s’est inspiré de ce que font déjà nombre de pays, dont la Nouvelle-Zélande et l’Italie, dont les décideurs intègrent des indicateurs de bien-être dans leurs politiques publiques.

Nos gouvernements peuvent dire qu’ils le font déjà, reconnaît François Delorme, « mais ce n’est pas fait de façon transparente, il n’y a pas de reddition de comptes. L’idée, c’est de rendre ça ouvert ».

Il faut se donner le moyen de savoir « si le Québec avance, stagne ou recule, et comment il se compare avec l’Ontario et les autres pays de l’OCDE », ajoute-t-il, et pas seulement insister sur le nombre d’emplois créés.

Le G15+compte revenir l’an prochain avec un portrait mis à jour de l’état du Québec. « Si on veut que ça serve, il faut que ce soit publié régulièrement, idéalement chaque année », estime l’économiste.

La tâche colossale qu’a été la réalisation de cette première édition des Indicateurs de bien-être au Québec a été financée par les membres du regroupement. Éventuellement, Statistique Canada et l’Institut de la statistique du Québec pourraient prendre la relève, estiment-ils.

Le G15+

Annie Chaloux (Université de Sherbrooke), Association des Groupes de Ressources Techniques du Québec, Chantier de l’économie sociale, Conseil du patronat du Québec, COPTICOM, Stratégies et Relations publiques, Écotech Québec, Équiterre, Fédération des chambres de commerce du Québec, Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec, Fondaction, Fondation David Suzuki, Fondation du Grand Montréal, François Delorme (Université de Sherbrooke), Institut du Québec, Jérôme Dupras (Université du Québec en Outaouais), Ordre des urbanistes du Québec, Propulsion Québec, Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement, Vivre en Ville.