L’Indice des prix à la consommation (IPC) s’est stabilisé en novembre, mais le gouverneur de la Banque du Canada pense que les prix pourraient encore remonter avant d’atteindre un pic et de redescendre.

Publié le 16 déc. 2021
Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

« Ça reste élevé et ça peut remonter encore », a indiqué hier Tiff Macklem, après la publication des chiffres de l’IPC de novembre, qui a augmenté de 4,7 %. Les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement mondiales mettront encore du temps à se résorber et à calmer les hausses de prix, selon lui.

« On verra, mais on a dit que l’inflation va demeurer élevée jusqu’à la première moitié de l’année prochaine, avant de diminuer vers la cible de 2 % dans la deuxième moitié », a-t-il précisé lors d’un entretien avec La Presse.

Plus tôt dans la journée, le gouverneur de la Banque du Canada s’était adressé à l’Empire Club de Toronto pour expliquer le nouveau mandat de la banque centrale, qui accorde une plus grande importance au plein emploi.

Même si la priorité reste la stabilité des prix et que la cible d’inflation demeure à 2 %, la banque centrale doit maintenant viser « un niveau d’emploi maximal durable », ce qui est difficile à définir.

C’est vrai, admet Tiff Macklem.

Le niveau d’emploi maximal durable, ce n’est pas quelque chose qu’on peut observer. C’est un concept, on ne peut pas le mesurer. Et ce n’est pas constant, ça peut changer dans le temps.

Tiff Macklem, gouverneur de la Banque du Canada

Avant la pandémie, l’inflation se situait autour de la cible de 2 %, et le taux de chômage était le plus bas en 40 ans, à 4,7 %. « On peut dire qu’on était proche de ça » (le niveau d’emploi maximal durable), a illustré le gouverneur.

La Banque du Canada surveillera davantage l’évolution de l’emploi, mais elle n’a pas un double mandat comme la Réserve fédérale américaine (Fed), insiste Tiff Macklem.

« Il y a un rôle pour l’emploi dans la politique monétaire, mais la première priorité, c’est la stabilité des prix. C’est notre tâche prioritaire parce que si nous n’y parvenons pas, rien d’autre ne va marcher. »

La Banque du Canada n’a pas l’intention d’annoncer à l’avance les augmentations de taux d’intérêt à venir, comme le fait la Fed aux États-Unis, a fait savoir son gouverneur. « Nous sommes très transparents », a-t-il dit, ajoutant que dans son prochain Rapport sur la politique monétaire, prévu le 26 janvier, la banque fera état de ses prévisions et de son analyse de l’économie qui guideront la politique monétaire.

L’IPC à un sommet de 30 ans

Statistique Canada a fait savoir hier que l’Indice des prix à la consommation a augmenté de 4,7 % en novembre, soit une hausse annuelle identique à celle d’octobre. Au Québec, les prix sont en augmentation de 5,2 %, en légère baisse depuis octobre.

Malgré cette stabilité, les prix augmentent à un rythme jamais vu depuis 30 ans, et les pressions augmentent sur la banque centrale pour qu’elle réagisse en augmentant les taux d’intérêt.

« Avec la forte inflation actuellement observée, il est de plus en plus évident que le maintien des taux d’intérêt directeurs à leur niveau plancher n’est plus nécessaire », estime Benoit Durocher, économiste chez Desjardins, qui s’attend à une première hausse de taux en avril.

« La banque centrale semble être en retard dans la normalisation de sa politique monétaire », a commenté de son côté l’économiste de la Banque Nationale, Matthieu Arseneau, après la publication des chiffres de l’IPC de novembre. La Banque Nationale prévoit cinq hausses de taux en 2022, dont la première en mars.

Après une hausse de 0,7 % en octobre, les prix ont augmenté de 0,2 % en novembre, rapporte Statistique Canada. Toutes les principales composantes de l’indice ont augmenté, mais particulièrement les prix du logement et du transport.

Sur une base annuelle, l’augmentation de 4,7 % s’explique surtout par la hausse des prix de l’essence (+ 43,6 %), des meubles (+ 8,7 %) et des aliments (+ 4,4 %). Dans le panier d’épicerie, le prix du bœuf est en hausse de 15,4 % depuis un an, précise Statistique Canada.

Depuis un an, le pouvoir d’achat des Canadiens a diminué, puisque les prix sont en hausse de 4,7 % et que les salaires n’ont augmenté que de 2,8 %.