(Ottawa) La ministre des Finances, Chrystia Freeland, a renouvelé lundi la cible d’inflation à 2 %, évitant ainsi de donner un double mandat à la Banque du Canada. Cette dernière devra toutefois formellement tenir compte du plein emploi dans l’élaboration de sa politique monétaire.

Mis à jour le 13 déc. 2021
Mylène Crête
Mylène Crête La Presse

« Auparavant, c’était implicite et maintenant, c’est devenu explicite », a expliqué en entrevue le professeur émérite d’économie à l’Université d’Ottawa Serge Coulombe.

Le renouvellement du mandat de la banque centrale survient après une vaste consultation et l’analyse de plusieurs modèles, dont celui du double mandat de la Réserve fédérale américaine, qui doit à la fois maintenir la stabilité des prix et le plein emploi.

La ministre Freeland a plutôt opté pour la continuité en maintenant la cible d’inflation à 2 % sur une période de 12 mois. La Banque du Canada pourra donc élaborer sa politique monétaire pour demeurer dans la fourchette de 1 à 3 %, comme elle le fait depuis 1991, tout en continuant de tenir compte du « niveau d’emploi durable maximal ». Ce nouveau mandat d’une durée de cinq ans prendra fin le 31 décembre 2026.

« Je prie les gens de voir le renouvellement de ce cadre comme une réaffirmation des outils dont dispose la Banque du Canada pour accomplir son mandat dans un monde où il y a beaucoup d’incertitude et de volatilité », a déclaré la ministre des Finances, Chrystia Freeland, en conférence de presse.

À ses côtés, le gouverneur de la banque a indiqué qu’il disposerait ainsi de la flexibilité nécessaire pour s’acquitter de sa tâche. « En ce qui a trait à la présente situation, je veux assurer aux Canadiens que nous voulons diminuer l’inflation sans étouffer la reprise économique », a affirmé Tiff Macklem.

La Banque du Canada a récemment maintenu son taux directeur à 0,25 %, même si l’inflation est actuellement bien au-delà de sa cible. L’Indice des prix à la consommation (IPC) a bondi à 4,7 % en octobre et le gouverneur s’attend à ce qu’il demeure élevé durant les six premiers mois de 2022, pour ensuite se rapprocher de la cible de 2 %.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

La Banque du Canada continuera de maintenir l’inflation dans une fourchette cible comprise entre 1 % et 3 %.

Or, une hausse du taux directeur pourrait ralentir la récupération du marché du travail durement touché par la pandémie. « Ça fait déjà quelques mois qu’on fonctionne avec une certaine flexibilité sur le plan de la politique monétaire parce qu’en temps normal, avec l’inflation à 4,7 %, on n’aurait pas des taux d’intérêt à zéro », a fait remarquer l’économiste principal du Mouvement Desjardins, Benoît Durocher.

« Donc, c’est clair qu’on n’est pas dans des temps normaux, a-t-il ajouté. On est encore en pleine pandémie, donc il faut se montrer un peu plus flexibles. On était déjà un peu dans cette flexibilité-là, c’est juste qu’on vient de l’officialiser. »

Vives réactions de l’opposition

Les conservateurs, qui dénoncent depuis des semaines la montée de l’inflation, ne l’entendent pas de cette façon. Pour eux, ce nouveau mandat équivaut à une « politisation de la banque centrale ».

« Rien dans l’annonce faite par la ministre des Finances et le gouverneur de la Banque du Canada ne suggère qu’ils vont cesser de faire augmenter le coût de la vie, a critiqué leur porte-parole en matière de finances, Pierre Poilievre. Imprimer de l’argent pour payer les dépenses du gouvernement a causé la hausse la plus élevée en deux décennies du taux d’inflation et a créé une dangereuse bulle immobilière. »

« Vouloir à tout prix à court terme revenir à la fourchette de 1 à 3 %, il y aurait un très grand prix à payer, a mis en garde le député bloquiste Gabriel Ste-Marie, économiste de formation. Si la Banque du Canada montait les taux vite et beaucoup, il y aurait un gros impact sur pour tous celles et ceux qui ont des dettes hypothécaires élevées. »

Pour les néo-démocrates, le renouvellement du mandat de la Banque du Canada n’aidera pas à soulager les gens qui peinent à joindre les deux bouts en raison de la montée des prix. Son porte-parole en matière de finances, Daniel Blaikie, demande des mesures d’aide dans la mise à jour économique.

« Nous exhortons le gouvernement à faire en sorte qu’il soit plus facile pour les gens de trouver un logement abordable, à rendre les factures de téléphone cellulaire et de l’internet moins coûteuses, à aider la population canadienne à faire face aux répercussions de la pandémie et à aider les gens à rénover leur maison et à réduire le coût du chauffage », a-t-il exigé.