N’en déplaise à certaines associations du milieu des affaires, le gouvernement Legault se défend de créer des distorsions sur le marché de l’emploi, où l’on s’arrache les travailleurs, en ayant priorisé six secteurs – dont la santé, l’éducation et les services à l’enfance – dans son minibudget présenté la semaine dernière.

Mis à jour le 29 nov. 2021
Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

Quand on fait des « choix », on s’expose toujours à des critiques, a rétorqué le ministre des Finances, Eric Girard, lundi, devant un parterre de quelque 300 personnes réunies par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), où il a également tempéré la durée des pressions inflationnistes.

Avec quelque 279 000 postes vacants au Québec en septembre, selon Statistique Canada, le sujet n’a pas mis de temps à s’inviter dans la discussion entre le grand argentier du gouvernement québécois et le président et chef de la direction de la Chambre, Michel Leblanc.

« Comme économiste, on ne peut s’empêcher de dire que le gouvernement crée de la distorsion sur un marché, a lancé M. Leblanc. Il y a des gens qui me disent “Moi, Michel, dans mon secteur, ce n’est pas de ce monde-là que j’ai besoin”. »

Dans son énoncé économique automnal, Québec s’est donné comme objectif de requalifier et d’attirer près de 170 000 travailleurs dans ces endroits névralgiques, parmi lesquels figurent aussi le génie, les technologies de l’information et la construction, avec un plan de 2,9 milliards sur cinq ans.

Certaines associations, comme Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ) ainsi que le Conseil du patronat du Québec (CPQ), avaient entre autres reproché au gouvernement Legault de ne pas avoir suffisamment élargi le bassin de travailleurs pour certains domaines du secteur privé.

« Je pense que lorsque l’on fait des choix, on s’expose toujours à dire que l’on n’a pas fait les bons choix, a répondu M. Girard, lorsqu’interpellé. Peut-être que d’autres secteurs auraient voulu être identifiés. Cela coûte quand même 2,9 milliards, alors on va s’assurer que toutes ces bourses et ces programmes-là sont efficaces. »

  • Les secteurs prioritaires en chiffres
  • 27 000 personnes en santé et services sociaux
  • 8000 en éducation
  • 25 000 en services de garde éducatifs à l’enfance
  • 55 000 en génie et en technologies de l’information
  • 55 000 en construction

Le ministre des Finances a estimé qu’en comblant 150 000 des postes actuellement vacants, l’impact sur le produit intérieur brut (PIB) serait d’environ 5 milliards de dollars.

Selon le président de la CCMM, cela signifie qu’il faut investir pour faire venir davantage d’immigrants au Québec.

« La vérité, c’est qu’on le fait déjà, a répondu M. Girard. On a investi énormément d’argent en intégration des immigrants. Je pense qu’à 50 000 immigrants, [une proportion] qui va croître au même taux que la population […], je pense que nous avons trouvé l’équilibre entre les besoins de main-d’œuvre et la place du français à Montréal. »

Poussée temporaire

Alors que les prévisions gouvernementales anticipent une inflation de 4 % cette année, le ministre des Finances, qui a prévu des chèques de 200 $ à 275 $ pour 3,3 millions de Québécois dans son minibudget, croit que la poussée à la hausse observée sur les prix finira par s’essouffler.

Selon lui, c’est la « croissance mondiale forte et synchronisée » qui alimente la tendance actuelle.

« Tout le monde croît vite, en même temps, et l’offre ne s’ajuste pas, a analysé M. Girard. On n’aura pas au Québec 6,5 % de croissance [du PIB réel] l’an prochain. On n’observera pas 6 % aux États-Unis. La croissance mondiale synchronisée très forte, ça ne sera pas comme cela en 2022. »

En moyenne, fait valoir le grand argentier du gouvernement Legault, le revenu disponible des Québécois affiche une croissance plus élevée que l’inflation.

Quant aux craintes entourant le variant Omicron, qui se sont intensifiées depuis la présentation de la mise à jour économique, M. Girard affirme qu’il est trop tôt pour réviser ses projections de croissance du PIB (3,3 %) en 2022. Le principal intéressé affirme que la cible gouvernementale est déjà prudente puisqu’elle est inférieure à celle des économistes du secteur privé.