Numérisation, automatisation et innovation ; le gouvernement Legault injecte 350 millions de plus dans sa mise à jour automnale afin de stimuler la « croissance et la productivité des entreprises ». Dans le milieu des affaires, on voit mal comment ces sommes pourront atténuer les maux de tête provoqués par le manque de main-d’œuvre.

Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

Il faudra par ailleurs patienter avant de savoir quelles seront les catégories de projets admissibles à une aide financière. La mise à jour automnale présentée jeudi par le ministre des Finances Eric Girard prévoit 160 millions sur cinq ans pour accélérer les projets d’investissement des sociétés, sans aller plus loin.

Les thèmes de l’augmentation de la productivité, de la compétitivité, l’automatisation et la réduction de l’empreinte environnementale sont mentionnés, mais c’est le ministre de l’Économie et de l’Innovation Pierre Fitzgibbon qui présentera les détails « ultérieurement ».

« Cela fait une moyenne de 30 millions de plus par année, lance la présidente-directrice générale de Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ) Véronique Proulx. Si le gouvernement veut contrer la pénurie de main-d’œuvre dans notre secteur, cela devra devenir une priorité et il devra investir davantage. »

Avec 279 000 postes vacants en août au Québec, les représentants patronaux auraient voulu voir le gouvernement Legault prendre des moyens concrets afin d’élargir le bassin de travailleurs pour le secteur privé.

Il y a bien entendu l’augmentation des seuils d’immigration, mais également l’intégration au travail des personnes en situation de handicap, de la clientèle judiciarisée et d’autres groupes, estime le président et chef de la direction du Conseil du patronat (CPQ) Karl Blackburn.

« Les 160 millions, ce sont des mesures à long terme, mais il n’y a rien de concret à court terme, déplore-t-il. Malheureusement, ce n’est pas suffisant. »

De plus, les efforts du gouvernement Legault pour contrer la rareté de la main-d’œuvre concernent essentiellement cinq catégories de travailleurs. Certaines, comme la santé et les services sociaux, l’éducation ainsi que les services de garde, concernent des travailleurs qui œuvrent dans le secteur public.

Il y a des laissés pour compte, déplore la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI).

Déploiement accéléré

L’autre volet de la mise à jour économique se penche sur la mise en place des premières zones d’innovation, dont le dévoilement approche à grands pas. L’initiative obtient 100 millions de plus – 40 millions avaient déjà été annoncés – pour la mise en place des premières zones d’innovation.

À cela s’ajouteront 90 millions pour d’autres types de projets qualifiés d’« innovants » ailleurs « sur le territoire québécois ».

Annoncées en 2020, les zones d’innovation, où l’on souhaite réunir en un seul endroit, sur une base thématique, des milieux comme l’enseignement, la recherche, les entreprises en démarrage ainsi que les grands acteurs, se font toujours attendre.

Au moins 30 demandes émanant de 13 régions du Québec ont été reçues.

Le gouvernement Legault a également décidé d’assouplir les modalités du programme offrant un rabais de 20 % pendant quatre ans aux entreprises ayant déployé des projets d’investissement. L’étalement pourra s’échelonner sur une période maximale de 72 mois.

« En raison de la crise sanitaire, des entreprises font face à des délais supplémentaires pour réaliser les projets pour lesquels elles ont commencé à un rabais d’électricité », explique-t-on.

Les requêtes devront être soumises au plus tard le 31 décembre. Il n’y aura « aucun impact financier » supplémentaire pour l’État puisque les « projets en cours de réalisation étaient déjà intégrés aux coûts du programme ».

Pour profiter de ce rabais, elles devront investir au moins 40 millions dans l’amélioration de leur productivité ou la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre. Le rabais pourrait représenter jusqu’à 50 % du coût de l’investissement. Par exemple, une entreprise qui investit 80 millions pourrait bénéficier d’une réduction de 40 millions sur sa facture d’électricité.

En date du 9 novembre, 159 demandes de grands industriels avaient été attestées. Cela représente plus de 5,6 milliards, selon les données gouvernementales.

Si l’on tient compte des 94 millions déjà annoncés pour le déploiement de l’internet haute vitesse sur le territoire québécois, les sommes consacrées à la « croissance et la productivité » des entreprises s’élèvent à 444 millions.