(Francfort) Si la Banque centrale européenne s’attend à voir le pic d’inflation en zone euro retomber courant 2022, l’évolution de la hausse des prix sur le moyen terme reste entourée d’une « forte incertitude », selon le compte-rendu de sa dernière réunion publié jeudi.

Agence France-Presse

« Les perspectives d’inflation à moyen terme restent entourées d’une incertitude élevée », nécessitant de garder l’« esprit ouvert » à l’égard des « différents scénarios » possibles, selon le document.

En particulier, les pressions sur les prix pourraient devenir « plus fortes » si des goulets d’étranglement persistants dans l’industrie devaient « se traduire par des hausses de salaire plus élevées que prévu », ou si « l’économie revenait plus rapidement à pleine capacité ».

La BCE se réunira à nouveau dans trois semaines pour, selon les attentes, annoncer la fin, d’ici mars 2022, des achats nets de dette opérés dans le cadre d’un plan d’urgence lancé en mars 2020 contre la pandémie.

Ce plan a occasionné plus de 1500 milliards d’euros d’achats à ce jour, sur une enveloppe prévue de 1850 milliards.  

Face aux incertitudes, les membres du conseil des gouverneurs de la BCE ont jugé en octobre qu’il était « important » de conserver « suffisamment d’options pour permettre de futures actions » de soutien à l’économie, « y compris au-delà de la réunion de décembre », ce qui ne plaide pas pour un resserrement rapide de la vis monétaire.

Une autre illustration de l’embarras croissant sur la hausse des prix est donnée par la Banque fédérale d’Allemagne, la Bundesbank, qui juge jeudi le système financier allemand vulnérable aux scénarios de remontée des taux d’intérêt.

Le « risque d’une hausse de l’inflation à moyen terme s’est accru » faisant que « les taux d’intérêt sur les marchés financiers pourraient augmenter sensiblement », a expliqué Claudia Buch, vice-présidente de la « Buba », lors de la présentation d’un rapport annuel sur la stabilité financière.

Cela entraînerait des « corrections de marché et des pertes de prix » sur des actifs et « frapperait particulièrement les banques, car leurs coûts de financement augmenteraient » pendant que leurs revenus, dépendant notamment de prêts immobiliers à taux fixe, « n’augmenteraient que lentement », a-t-elle ajouté.

Le secteur financier allemand est encore jugé robuste malgré le recul l’an dernier du PIB allemand de près de 5 %, mais sa résilience « n’a pas été sérieusement mise à l’épreuve » en raison des aides publiques qui ont permis de limiter les impayés et faillites.

En cas de nouvelle crise grave, des aides d’une ampleur similaire à celles engagées depuis 2020 « ne peuvent alors être envisagées », selon Mme Buch.

« Le secteur financier serait alors plus sévèrement touché », conclut la Bundesbank.