(Montréal) La flambée des prix des habitations pourrait venir à bout du rêve d’aspirants propriétaires, ce qui aurait pour effet de tempérer le secteur de la construction résidentielle l’an prochain, selon les prévisions de l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ), dévoilées mercredi.

Stéphane Rolland La Presse Canadienne

L’association anticipe qu’il y aura 56 000 mises en chantier à travers le Québec l’an prochain. Cela représenterait une baisse de 18 % par rapport aux 68 300 mises en chantier prévues pour l’année 2021, qui est presque terminée. Il s’agirait du premier recul du secteur en sept ans.

« L’écueil principal, c’est l’abordabilité qui s’est détériorée à la vitesse grand V », commente Paul Cardinal, directeur du service économique de l’APCHQ, en entrevue.

En avril, le prix des propriétés existantes avait bondi de 32,6 % sur un an. La progression annuelle avoisine les 15 % depuis juillet.

La hausse des taux d’intérêt devrait aussi nuire à l’abordabilité du marché immobilier, selon lui. En se basant sur le consensus des prévisions des économistes, l’APCHQ pense que les taux hypothécaires pourraient augmenter de 50 points de base en 2022.

Moins de rénovations

Le secteur de la rénovation devrait également se tempérer. En 2021, les Québécois auraient consacré environ 18,5 milliards à leurs projets de rénovation, un bond de 25 % par rapport à 2020.

L’« euphorie » devrait se modérer quelque peu l’an prochain. L’économiste prévoit que les dépenses en rénovations atteindront 17 milliards, ce qui représenterait une baisse de 8 % par rapport à la prévision de 2021.

M. Cardinal identifie trois facteurs qui pointent vers ce recul : la reprise des dépenses liées aux loisirs et aux voyages, la hausse des taux d’intérêt qui aura un impact sur le financement des travaux et l’augmentation du prix des matériaux de construction. « Les gens vont reprendre leur rythme de consommation habituel et on pense qu’il va y avoir moins d’argent qui va être dirigé vers la rénovation. »

Malgré la tendance défavorable, la situation sera loin d’être critique pour les entrepreneurs en construction dont l’industrie est en surchauffe, reconnaît M. Cardinal. « Je ne dis pas qu’ils vont accueillir ça comme une bonne nouvelle, mais ils sont très occupés. Les carnets de commandes sont très remplis. Ils sont parfois obligés de dire : « oui, mais je vais y aller dans trois mois ou dans six mois ». Ils ont aussi de la difficulté à conserver et à recruter de la main-d’œuvre. »

Il faut dire que la construction et la rénovation résidentielle ont connu une année record en 2021. Le nombre de mises en chantier n’a pas été aussi élevé depuis les 74 179 unités bâties en 1987.

Les aspirants propriétaires ne sont pas arrivés au bout de leur peine, prévient M. Cardinal. Il estime qu’il manque entre 40 000 et 60 000 logements au Québec. « On ne pourrait pas rattraper ce retard à court terme, car les entrepreneurs vont être confrontés à la disponibilité des matériaux et de la main-d’œuvre. »

L’APCHQ avait déjà tiré la sonnette d’alarme en septembre, affirmant qu’on n’avait pas construit suffisamment d’habitations dans les dernières années. L’association estime qu’une augmentation de l’offre est le meilleur moyen pour améliorer l’abordabilité.

Elle proposait aux municipalités de revoir leur réglementation pour permettre de construire plus d’habitations.

L’APCHQ invitait aussi Québec et Ottawa à rembourser « une partie substantielle » des taxes de vente au fédéral (TPS) et au provincial (TVQ) sur l’achat d’une habitation neuve. Cette mesure pourrait être modulée selon certaines conditions comme le prix de la propriété ou le fait qu’il s’agisse d’un premier acheteur.