Des commerces qui décident de fermer le dimanche. Des restaurants ouverts seulement du lundi au vendredi. Pour attirer la main-d’œuvre dont ils ont besoin, bon nombre d’employeurs n’ont d’autre choix que d’essayer des formules nouvelles.

Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

La pandémie a exacerbé les pénuries de main-d’œuvre là où elles existaient déjà, comme au Québec, mais elle a aussi fait apparaître des difficultés d’embauche un peu partout dans les pays industrialisés.

C’est le cas en France, où les employeurs peinent à recruter dans certains secteurs, et aux États-Unis, malgré le nombre élevé de chômeurs.

Plusieurs facteurs sont à l’œuvre dans le marché de l’emploi, mais le principal reste la démographie. Les sociétés occidentales vieillissent et le nombre de nouveaux venus sur le marché de l’emploi ne suffit pas à remplacer ceux qui partent à la retraite.

Les départs à la retraite semblent d’ailleurs s’être accélérés avec la pandémie. Aux États-Unis, dans la seule année 2020, il y a eu autant de départs à la retraite chez les 55 ans et plus qu’au cours des trois années précédentes.

Chez les plus jeunes, la pandémie a encouragé les remises en question. Beaucoup sont retournés aux études, ont changé de métier ou ont décidé de faire plus de place à leur vie personnelle en travaillant à temps partiel. Le phénomène, temporaire ou pas, a même un nom : la Grande Démission (the Great Resignation). Il explique, en partie du moins, le fait qu’il y a à la fois beaucoup de chômeurs et beaucoup de postes vacants.

La crise sanitaire a bouleversé le monde du travail. Il est peut-être temps d’envisager la réduction du temps de travail sous un angle nouveau. Dans les secteurs les plus touchés par les pénuries de main-d’œuvre, comme le commerce de détail et la restauration, c’est plus simple. Personne n’a besoin que tous les commerces restent ouverts 24 heures par jour, 7 jours sur 7.

Sur le plan économique, l’impact de la fermeture des commerces n’est pas une catastrophe. Des pays où les commerces restent fermés le dimanche, comme l’Allemagne, ont une économie florissante. Et leurs citoyens peuvent avoir d’autres loisirs que le magasinage pendant les week-ends.

Travailler moins et mieux

Les économies modernes ont pu prospérer tout en réduisant le temps de travail. Un des objectifs était de favoriser la création d’emplois. Aujourd’hui, la réduction du temps de travail pourrait devenir un outil pour recruter et favoriser la rétention des employés.

Il n’y a pas de relation directe entre la prospérité économique et le nombre d’heures travaillées. En fait, les pays qui travaillent le plus ne sont pas nécessairement les plus riches, comme l’indiquent les données de l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE).

La clé est dans la productivité du travail, qui se mesure en divisant le produit intérieur brut par le nombre d’heures travaillées.

Des expériences récentes menées dans de nombreux pays indiquent qu’il est possible de réduire le nombre d’heures travaillées sans nuire à la productivité.

Un exemple : Microsoft a tenté l’expérience au Japon, pays qui souffre depuis longtemps du vieillissement de sa population et de la rareté de la main-d’œuvre. Les 2300 employés du géant de l’informatique ont travaillé quatre jours plutôt que cinq à l’été 2019, sans baisse de salaire. L’entreprise a constaté une augmentation de 40 % de sa productivité, notamment en raison de la réduction du temps consacré aux réunions.

Le marché du travail se remet peu à peu de la pandémie, mais tout le monde s’entend pour dire qu’il ne sera plus jamais comme avant. Le télétravail est là pour de bon et les formules hybrides se multiplieront. L’occasion est bonne de tester la semaine de quatre jours dans les secteurs d’activité où le manque de main-d’œuvre est le plus criant. Travailler moins et mieux, c’est peut-être possible.

En prime, ça peut forcer les entreprises à innover pour maintenir leur niveau d’activité et améliorer leur productivité.