La vigueur de la reprise économique et la remontée de l’inflation ont conduit la Banque du Canada à ouvrir son jeu : elle met fin à ses achats d’obligations fédérales et annonce une remontée des taux d’intérêt plus hâtive, « quelque part entre avril et septembre ».

Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

« Nous avons fait beaucoup de chemin », a lancé mercredi en conférence de presse le gouverneur de la banque centrale, Tiff Macklem, qui se dit frappé par les progrès de l’économie.

Sans surprise, la Banque du Canada a laissé son taux directeur inchangé à 0,25 %. Mais le rapport trimestriel sur la politique monétaire rendu public en même temps que la décision sur les taux révèle un changement de cap important : le taux de croissance prévu de l’économie canadienne est ramené de 6 % à 5,1 % cette année, l’inflation restera élevée jusqu’à la fin de 2022 et les taux d’intérêt remonteront plus vite que prévu.

L’indice des prix à la consommation, qui était à 4,1 % à septembre, pourrait avoisiner les 5 % d’ici la fin de l’année avant de se mettre à redescendre lentement l’année prochaine, a indiqué le gouverneur.

Ce n’est qu’à la fin de 2022 qu’on devrait retrouver la cible de 2 %, une transition beaucoup plus longue que ce que la Banque du Canada prévoyait jusqu’à tout récemment.

Nous savons que les prix plus élevés causent des problèmes pour les Canadiens, qui ont plus de mal à payer leurs factures. Je veux vous assurer que l’inflation ne va pas rester aussi élevée, même si ça va prendre plus de temps à diminuer.

Tiff Macklem, gouverneur de la Banque du Canada

Le gouverneur a déployé beaucoup d’énergie mercredi pour tenter de rassurer ceux qui s’inquiètent de l’inflation. « C’est notre job de ramener l’inflation à la cible et je vous assure que nous le ferons », a-t-il répété.

Deux des principaux facteurs qui alimentent actuellement l’inflation, le prix de l’énergie et les problèmes dans les chaînes d’approvisionnement, vont se résorber, selon lui. Mais pour le reste, l’incertitude est encore plus grande que d’habitude, selon lui.

C’est le cas des pénuries de main-d’œuvre qui, si elles persistent, pourraient conduire à des augmentations de salaire inflationnistes. Tiff Macklem croit toutefois qu’il y a de la marge pour que les salaires augmentent sans impact majeur sur l’inflation. Si ça change, « nous allons continuer de nous ajuster », a-t-il promis.

Le dollar se renforce

La Banque du Canada fait l’hypothèse que le taux d’inflation est actuellement proche de son sommet et qu’il se mettra à redescendre dans les prochains mois. Mais l’inflation pourrait encore lui causer une surprise, estime Benoit Durocher, économiste principal chez Desjardins. « Si l’inflation ne diminue pas dans les prochains mois, une hausse des taux pourrait arriver plus tôt que tard », dit-il.

De même, si la croissance économique déçoit, ça peut retarder la hausse des taux, ajoute-t-il.

Certains économistes prévoient que les taux d’intérêt pourraient même recommencer à augmenter dès janvier. Chez Desjardins, on mise sur une première hausse en juillet 2022.

Avant les propos de mercredi du gouverneur de la banque centrale, Sébastien Lavoie, économiste en chef de la Banque Laurentienne, prévoyait que le taux directeur serait remonté à 1 % au début de 2023. Il croit maintenant possible que les taux d’intérêt aient retrouvé leur niveau d’avant la pandémie, soit 1,75 %, à la fin de 2022 ou au début de 2023. « Une détérioration du pouvoir d’achat des Canadiens ne sera pas tolérée » par la banque centrale, estime-t-il.

Le changement de cap de la Banque du Canada est « complètement approprié », croit de son côté Douglas Porter, économiste en chef de la Banque de Montréal. « L’emploi est revenu à son niveau d’avant la pandémie, le prix des maisons continue d’augmenter, les actions sont à un niveau record et l’inflation est à son plus haut depuis deux décennies », a-t-il justifié dans un commentaire écrit.

Le dollar canadien a bien réagi à l’annonce de la Banque du Canada de mettre fin à ses achats d’actifs et de préparer le terrain à une remontée des taux d’intérêt.

Le huard s’est renforcé face à l’euro et a gagné 12 centièmes par rapport au dollar américain, pour finir la journée à 80,92 cents US.

La Banque du Canada est une des premières banques centrales des pays industrialisés à entreprendre un retour à la normale de sa politique monétaire. Son gouverneur a expliqué que les achats d’actifs cesseront le 1er novembre parce qu’ils ne sont plus nécessaires pour soutenir l’économie.

La banque centrale arrêtera d’augmenter ses achats, mais elle maintiendra son bilan en achetant des obligations pour remplacer celles qui viendront à échéance.