(Washington) La représentante américaine au Commerce (USTR) Katherine Tai s’est entretenue vendredi soir avec le vice-premier ministre chinois Liu He pour évoquer les pratiques commerciales chinoises que Washington juge déloyales, avec l’objectif d’instaurer « une relation commerciale gérée de manière responsable ».

Delphine TOUITOU Agence France-Presse

Il s’agit du deuxième entretien entre les deux négociateurs en chef chargés du commerce, qui auront fort à faire pour restaurer des relations mises à mal sous l’ancien président américain Donald Trump malgré la trêve signée en janvier 2020 entre les deux pays.  

Katherine Tai et Liu He avaient déjà eu une première prise de contact en mai dernier.

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Le vice-premier ministre chinois, Liu He

L’entretien de vendredi était « une opportunité pour les États-Unis et la Chine de s’engager à forger une relation commerciale gérée de manière responsable, car elle affecte non seulement les populations dans nos pays, mais aussi partout dans le monde », a expliqué une responsable de l’USTR sous couvert d’anonymat.

L’ambassadrice Tai a en outre détaillé les préoccupations des États-Unis concernant « les pratiques non marchandes de l’État chinois et la manière dont la politique de Pékin nuit aux travailleurs, agriculteurs et entrepreneurs américains », a précisé USTR dans un communiqué.  

L’administration Biden, comme l’administration Trump avant elle, déplore les subventions massives accordées par le gouvernement chinois aux entreprises publiques, le transfert de technologies forcé, qui oblige les entreprises étrangères à partager leurs technologies pour faire affaire en Chine, ou encore le non-respect de la propriété intellectuelle.

Ces pratiques anticoncurrentielles ont creusé au fil du temps le déficit commercial américain avec la Chine.

En 2019, année précédant la pandémie, il s’était, pour les seuls biens, élevé à 344 milliards de dollars, selon les données du département du Commerce américain.

Pour les huit premiers mois de cette année, il s’est élevé à 218,9 milliards, selon des données publiées mardi.

L’entretien était aussi destiné à « évaluer » les progrès de la Chine dans la mise en œuvre de l’accord de phase 1 qui avait été signé en janvier 2020, avec l’administration de Donald Trump.  

Katherine Tai et Liu He « sont convenus que les deux parties se consulteraient sur certaines questions qui sont restées en suspens », a précisé un communiqué.  

Intérêts américains

Si l’administration Trump avait décidé de sortir l’artillerie lourde envers Pékin, instaurant des droits de douane punitifs sur des centaines de milliards de dollars de marchandises chinoises, Katherine Tai a indiqué plus tôt cette semaine que l’administration Biden n’avait pas l’intention « d’enflammer les tensions commerciales » avec le géant asiatique.

Elle a toutefois signalé que Washington comptait faire respecter les engagements pris dans le cadre de l’accord signé avec Donald Trump.

Dans la « Phase 1 » de ce traité bilatéral, la Chine s’était engagée à acheter pour 200 milliards de dollars supplémentaires de produits américains sur deux ans, dont des produits agricoles, des biens du secteur de l’énergie et de l’industrie manufacturière, l’objectif étant de réduire le déséquilibre commercial entre les deux pays. Des objectifs qui n’ont pas été atteints en partie en raison de la pandémie.

S’agissant des droits de douane sur 370 milliards de dollars, Katherine Tai a lancé cette semaine une procédure d’exclusion de certains produits.

Plus qu’un geste de bonne volonté envers Pékin, elle a expliqué qu’il s’agissait d’accorder « au cas par cas » des exemptions pour les entreprises américaines qui n’ont pas de source d’approvisionnement alternative à la Chine.

De nombreuses petites et moyennes entreprises alertent depuis des mois sur le fait qu’elles sont contraintes de payer ces droits de douane qui menacent leur activité.

Vendredi, l’ambassadrice Katherine Tai a redit l’objectif du président Biden : mener une politique qui serve au mieux les intérêts américains.