(Londres) La Banque d’Angleterre (BoE) a maintenu sa politique monétaire inchangée jeudi, mais a encore relevé ses prévisions d’inflation, à « légèrement » plus de 4 % d’ici la fin de l’année, amenant les investisseurs à avancer leurs attentes de hausse de taux.

Joseph SOTINEL Agence France-Presse

La BoE tablait jusqu’à présent sur une inflation de 4 % au dernier trimestre de l’année, bien au-delà de son objectif de 2 %.  

Cette montée des prix « s’explique principalement par la hausse des coûts de l’énergie et des biens », explique-t-elle dans un communiqué publié après sa réunion de politique monétaire de septembre.

Alors que l’hiver approche, les prix du gaz ont grimpé à des niveaux records au Royaume-Uni, particulièrement dépendant de cette source d’énergie.

« La vision principale du comité de politique monétaire est que la hausse des prix est temporaire », tempère la Banque.

Malgré cet indicateur, et pour éviter d’étouffer la reprise économique, tous les membres du comité monétaire se sont accordés pour conserver le taux à 0,1 %.

Mais la BoE affirme que son scénario présenté en août d’une hausse des taux nécessaire « sur le moyen terme » (dans les prochaines années), était « renforcé par de récents développements ».

La BoE a également admis que « les pressions inflationnistes actuelles pourraient avoir des effets plus durables sur les prix ».

Vers 9 h 45, la livre britannique gagnait 0,86 % face au dollar à 1,3739 dollar pour une livre (+0,41 % à 85,43 pence pour un euro).  

D’après les mouvements obligataires les investisseurs tablaient en moyenne sur une hausse des taux dès le premier trimestre 2022, contre le premier semestre auparavant.  

Mais la BoE reste prudente. Au Royaume-Uni, l’inflation en forte hausse (3,2 % sur un an en août, un sommet depuis 2012) n’est plus couplée avec une croissance robuste : le PIB n’a gagné que 0,1 % en juillet.  

Risques de stagflation ?

De quoi nourrir les risques d’une « stagflation » tant redoutée par les économistes et déjà prévue au Royaume-Uni par certains analystes, avec une croissance faible ou absente et une inflation élevée qui persiste.

La BoE a revu à la baisse ses prévisions de croissance pour le troisième trimestre, et prévoit que l’économie britannique sera « 2,5 % plus bas qu’avant la pandémie à la fin du trimestre ».

Deux membres se sont toutefois opposés au maintien du plan de rachats d’actifs de 895 milliards de livres, contre un seul membre en août.  

Un changement qui témoigne d’une montée des craintes inflationnistes dans le comité de politique monétaire, et ce qui contribuait au renforcement de la livre jeudi.

Toutes les banques centrales font face au même dilemme, entre inflation et crainte d’étouffer la reprise.

La Fed américaine a annoncé mercredi soir qu’elle pourrait « bientôt » commencer à réduire son soutien monétaire à l’économie ; la Banque centrale suisse n’a pas touché à sa politique monétaire ; et celle de Norvège a été jeudi la première des grandes banques centrales à relever ses taux, à 0,25 %.

La BoE dit observer attentivement la réaction du marché du travail à la fin du programme gouvernemental d’aide à l’emploi, fin septembre, notant que le nombre de personnes aidées avait diminué moins que prévu.

« Le Comité va attendre (la prochaine réunion de) novembre pour donner des indications plus claires sur les taux d’intérêt, car à ce moment elle sera plus en position d’estimer l’effet qu’aura eu la fin du programme gouvernemental et d’analyser le budget, qui sera présenté en octobre », explique l’économiste Samuel Tombs, de Pantheon Macroeconomics.

« Le scénario le plus optimiste, c’est que la fin du programme ait peu d’effet sur le marché du travail. Il serait alors possible que la Banque remonte ses taux dès le premier trimestre, conformément aux prévisions du marché », détaille-t-il dans une note.