(Washington) La banque centrale américaine (Fed) a signalé mercredi qu’elle pourrait « bientôt » commencer à réduire son soutien monétaire à l’économie, bien que la reprise ait été ralentie par le variant Delta et que la croissance s’annonce, par conséquent, moins forte que prévu cette année.

Delphine TOUITOU Agence France-Presse

L’institution monétaire veut en effet progressivement retirer à l’économie américaine la béquille qui l’a aidée à traverser la crise.

Et elle a donné, à l’issue de la réunion de son Comité monétaire, un signal qui était très attendu par les marchés, en indiquant que le rythme des achats d’actifs pourrait « bientôt » commencer à diminuer, « si les progrès [économiques] se poursuivent ».

L’annonce du calendrier pour être faite lors de la prochaine réunion, les 2 et 3 novembre, et la réduction débuter le même mois, anticipent les analystes.

Les 120 milliards de dollars de bons du Trésor et autres titres, que la Fed achète chaque mois depuis le début de la crise, vont progressivement diminuer, jusqu’à zéro.

En revanche, les taux directeurs, maintenus mercredi dans la fourchette de 0 à 0,25 % dans laquelle ils avaient été abaissés en mars 2020, devraient y rester encore un moment.

Tant que vous achetez des actifs […] il ne sert à rien de relever les taux.

Jerome Powell, président de la Fed

Cette hausse, qui renchérira le coût du crédit, actuellement historiquement bas, lorsque l’économie aura repris son rythme de croisière, pourrait intervenir dès 2022, selon les prévisions des membres du Comité monétaire.

« Des risques »

Le resserrement de la politique monétaire semble donc imminent, malgré une croissance qui devrait être moins forte que prévu, et une inflation, au contraire, plus élevée.

La Fed a en effet abaissé sa prévision de croissance du produit intérieur brut (PIB) des États-Unis pour 2021 : celui-ci est désormais attendu en progrès de 5,9 %, contre 7 % lors des dernières prévisions de la Fed, publiées en juin.

Mais le retard devrait ensuite être rattrapé, puisque les prévisions de croissance ont en revanche été relevées pour les années suivantes, à 3,8 % en 2022 et 3,5 % en 2023.

Les secteurs les plus touchés par la pandémie, en particulier l’hôtellerie et la restauration, ont enregistré des améliorations ces derniers mois, « mais l’augmentation des cas de COVID-19 a ralenti leur reprise », a indiqué dans un communiqué la puissante institution.

Et des « risques demeurent pour les perspectives économiques », a a aussi averti la Banque centrale.

L’inflation, en revanche, devrait être plus élevée que prévu, et atteindre 4,2 % en 2021, contre 3,4 % auparavant anticipés. Elle devrait ensuite se stabiliser un peu au-dessus de l’objectif de 2 % que vise la Fed, à 2,2 % au cours des deux années suivantes.

Le Comité de politique monétaire a ainsi souligné dans son communiqué que « l’inflation est élevée, reflétant largement des facteurs transitoires ».

Jerome Powell a cependant prévenu que les prix pourraient continuer à grimper plus longtemps que prévu, la réouverture de l’économie continuant « de se heurter à des goulets d’étranglement, aux difficultés d’embauche et à d’autres contraintes, qui pourraient s’avérer plus importantes et plus durables que prévu ».

À tâtons

Sur le front de l’emploi, la reprise est difficile. Le taux de chômage est désormais estimé à 4,8 % (+ 0,3 point) pour 2021, avant de retomber à 3,8 % l’année prochaine et retrouver en 2023 son niveau d’avant la pandémie.

Et une nouvelle ombre vient désormais planer sur l’économie américaine, et, par ricochet, sur l’économie mondiale : celle d’un défaut de paiement des États-Unis, si le plafond de la dette n’est pas relevé ou suspendu par le Congrès d’ici la fin du mois d’octobre.

Le patron de la banque centrale américaine a souligné mercredi qu’il était « très important » de relever le plafond de la dette « dans les meilleurs délais afin que les États-Unis puissent payer leurs factures ».

« C’est d’une importance cruciale », a déclaré Jerome Powell alors que les républicains refusent pour l’heure de donner leur aval.

« Ne pas le faire pourrait entraîner de graves réactions, de sérieux dommages à l’économie, sur les marchés financiers et ce n’est tout simplement pas quelque chose que nous devrions envisager », a-t-il ajouté.

Les principales autres banques centrales avancent elles aussi à tâtons sur le resserrement monétaire. La Banque centrale européenne (BCE) a timidement lancé le mouvement, tandis que la Banque d’Angleterre patiente toujours, de peur d’étouffer la reprise.

En revanche, plusieurs pays émergents – dont le Brésil, la Russie et le Mexique – ont déjà, face à l’inflation, relevé leurs taux d’intérêt.