(Paris) Une croissance mondiale un peu plus faible que prévu, avec une « reprise très inégale » selon la réponse des pays à la pandémie : c’est le tableau brossé mardi par l’OCDE, qui se montre notamment plus optimiste pour l’économie de la zone euro.  

Ali BEKHTAOUI Agence France-Presse

« La croissance économique s’est redressée cette année, grâce au vigoureux soutien des pouvoirs publics, au déploiement de vaccins efficaces et au redémarrage de nombreuses activités économiques », écrit l’Organisation de coopération et de développement économiques dans ses perspectives de croissance intermédiaires publiées mardi.

La reprise est toutefois « très inégale, avec des résultats singulièrement différents selon les pays ».

À l’échelle internationale, l’économie pourrait croître de 5,7 % cette année, anticipe l’OCDE, soit un recul de 0,1 point comparé aux précédentes prévisions de mai. Pour 2022 en revanche, l’activité serait un peu plus robuste qu’anticipé, et permettrait à la croissance mondiale d’afficher une hausse de 4,5 %, soit 0,1 point de plus qu’au printemps.

Après une récession historique en 2020 ayant vu l’économie mondiale se contracter de 3,5 %, « le PIB mondial est aujourd’hui supérieur à son niveau d’avant la pandémie », poursuit l’OCDE.

Mais « ce qui nous inquiète est que beaucoup de pays émergents, à l’exception de la Chine, sont toujours loin derrière les pays plus avancés en termes de programmes de vaccination » contre la COVID-19, a affirmé la cheffe économiste de l’OCDE, Laurence Boone, au cours d’une conférence de presse mardi.

« La situation est encore pire dans les pays à faibles revenus », a-t-elle poursuivi, ajoutant que « comme nous le savons tous, l’échec à vacciner la planète nous met tous en danger ».

« Nous continuons de dormir »

La question de l’inertie mondiale face au déploiement des vaccins a été récemment soulevée par le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, affirmant le 10 septembre que l’épidémie de « COVID-19 est un signal d’alarme-et nous continuons de dormir ».

Le dirigeant critiquait notamment l’incapacité des pays producteurs de vaccins à s’entendre pour doubler la production et arriver à vacciner quelque 70 % de la population mondiale d’ici au premier semestre 2022.

Déjà très immunisée, la zone euro pourrait profiter d’une croissance de 5,3 % cette année, selon l’OCDE, contre 4,3 % anticipé précédemment. Et elle serait de 4,6 % l’an prochain (+0,2 point).

La France verrait notamment sa croissance passer à 6,3 % (+0,5 point) cette année et 4 % l’an prochain (inchangé). Le projet de budget du gouvernement pour 2020, dont les contours seront dévoilés mercredi, prévoit une croissance de 6 % cette année et de 4 % pour l’an prochain, soit une des reprises économiques les plus fortes de la zone euro, après une des récessions les plus massives en Europe (-8 % en 2020).

Selon l’OCDE, l’Italie enregistrerait 5,9 % (+1,4 point) en 2021, tandis que l’Allemagne verrait son activité amputée de 0,4 point comparée aux prévisions de mai, à 2,9 %.

L’OCDE prévoit en revanche des chiffres un peu moins bons pour les États-Unis, sur fond de résurgence des contaminations au variant Delta au deuxième trimestre, avec une croissance désormais de seulement 6 % cette année.

Moteur de l’économie mondiale, la Chine voit de son côté ses perspectives inchangées pour 2021, à 8,5 %, tout comme pour 2022 à 5,8 %.

En tout état de cause, « le fort soutien apporté par les politiques macroéconomiques et les conditions financières accommodantes devraient continuer de soutenir la demande dans les pays avancés », affirme l’OCDE, citant également l’arrivée du plan de relance européen et le plan américain sur les infrastructures.

À l’inverse, « certains pays disposent de marges de manœuvre limitées pour apporter un large soutien à l’activité, en particulier ceux où les tensions inflationnistes augmentent déjà et où les taux d’intérêt directeurs ont été relevés », comme dans plusieurs banques centrales de pays émergents, dont le Brésil, la Russie, ou le Mexique.

Concernant l’inflation, « nous pensons qu’il s’agit d’un phénomène temporaire », a indiqué le secrétaire général de l’organisation, Mathias Cormann.

L’OCDE affirme toutefois surveiller une potentielle transmission de la hausse des prix à des progressions rapides et généralisées des salaires, « une spirale que nous ne souhaitons pas voir se matérialiser », a affirmé Laurence Boone. « Nous ne pensons pas y être à l’heure actuelle. »