Le rythme de fou dans la construction de nouveaux logements ne pouvait s’éterniser. En août dernier, 3108 habitations sont sorties de terre au Québec. Il s’agit d’une diminution de 15 % comparativement à août 2020, et du second recul au cours des quatre derniers mois.

André Dubuc
André Dubuc La Presse

« De novembre 2020 à avril 2021, la hausse des mises en chantier par rapport à la même période l’année précédente dépassait les 40 %, souligne Paul Cardinal, économiste de l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ). À compter de mai, il y a eu une cassure, poursuit-il, léger repli en mai (-5 %), rebond en juin (+9 %) et juillet (+7 %), puis recul en août (-15 %), on voit que la cadence des mises en chantier commence à s’essouffler. »

L’association de constructeurs de maisons a publié son Bulletin de l’habitation jeudi.

Quatre des six régions métropolitaines de recensement (RMR) ont affiché une baisse d’activité par rapport à août 2020. Des reculs ont été observés à Québec (170 mises en chantier) et Gatineau (66 mises en chantier), avec des baisses respectives de 78 % et de 58 %, tandis que la stabilité a prévalu à Sherbrooke (-4 %) et Montréal (-1 %), où l’on a recensé respectivement 138 et 2137 mises en chantier en août. Deux régions se sont distinguées : Saguenay, avec un bond de 300 % (68 mises en chantier) et Trois-Rivières, avec un gain de 17 % (28 nouvelles unités).

La construction résidentielle dans les plus petits centres urbains de la province (entre 10 000 et 100 000 habitants) continue de bien faire, lit-on dans le Bulletin, grâce à 501 habitations entamées, soit une croissance de 32 %.

Outre le rythme insoutenable, comment expliquer le recul ? Il y a une question de capacité de livraison de l’industrie de la construction, aux prises, elle aussi, avec une pénurie de bras pour tenir les marteaux, précise M. Cardinal.

Quant au rôle joué par l’inflation dans l’équation, l’économiste n’exclut pas que la hausse des prix ait pu freiner les ardeurs de certains acheteurs.

La meilleure année depuis 1987

La construction a été en effet l’une des premières industries à subir les effets de l’inflation dès les premiers mois de 2021 avec la flambée des prix du bois d’œuvre. La variation annuelle de l’indice des prix des logements neufs au Québec qui se tenait dans une fourchette allant de 5 % à 7 % de janvier 2020 à octobre de la même année s’est mise à grimper chaque mois pour atteindre 20 % en juillet dernier.

L’Indice des prix des logements neufs (IPLN) permet de mesurer les variations des prix de vente des logements résidentiels neufs au fil du temps.

En dépit de ce ralentissement qui était attendu, M. Cardinal maintient sa prévision de 60 000 mises en chantier au Québec en 2021, ce qui représenterait le meilleur score depuis 1987. Et se situerait au quatrième rang des meilleurs millésimes depuis 1955.

Au Canada, le rythme annuel des mises en chantier d’habitations se chiffrait à 283 971 en août 2021, comparativement à 286 076 le mois précédent, rapporte la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) dans un communiqué. Cette tendance correspond à la moyenne mobile de six mois du nombre mensuel désaisonnalisé et annualisé de mises en chantier d’habitations.