(Québec) Malgré l’ampleur du déficit, les finances publiques sont sous contrôle, assure Jean-Yves Duclos, président du Conseil du Trésor dans le gouvernement sortant. Les libéraux vont dans la bonne direction en promettant de nouvelles dépenses, selon lui.

Stéphane Rolland La Presse Canadienne

« Le déficit diminue très rapidement sur cinq ans, dit-il dans le cadre d’une série d’entrevues visant à discuter des plateformes économiques des principaux partis. Cette année, il est déjà deux fois plus faible que l’année passée. L’année prochaine, il sera encore deux fois plus faible. La pente est très évidente. »

Le cadre financier du parti de Justin Trudeau prévoit de nouveaux revenus, mais ceux-ci sont environ trois fois inférieurs aux dépenses liées aux nouveaux engagements.

Malgré cet écart, le poids de la dette fédérale par rapport à la taille de l’économie, le fameux ratio dette/PIB, devrait diminuer au cours des cinq prochaines années. Le ratio passerait de 51,2 % en 2021-2022 à 49,2 % en 2025-2026, selon les prévisions du parti.

Aux conservateurs qui accusent les libéraux de dépenser sans compter, M. Duclos contre-attaque en disant que la promesse conservatrice de revenir à l’équilibre budgétaire sur 10 ans est « irresponsable ». « On budgète traditionnellement sur cinq ans au gouvernement canadien », dit le ministre sortant.

Le prochain gouvernement ferait une erreur en retirant trop vite son soutien à l’économie, prévient celui qui était professeur en économie à l’Université Laval avant de faire le saut en politique. « On a évité une catastrophe, car on a évité de faire trois erreurs que les gouvernements font malheureusement trop souvent en période de crise, c’est-à-dire investir trop peu, trop tard et de retirer l’aide pour la relance trop rapidement. »

Taxer les banques

Dans la colonne des revenus, la principale nouvelle source est attribuable à une augmentation de l’imposition des grandes banques et assureurs canadiens. Ottawa pourrait aller chercher environ 2,5 milliards de nouveaux revenus dès l’an prochain. « Pour procéder à la relance de l’économie, on a besoin de ressources pour continuer de réparer les pots cassés de la pandémie, mais aussi pour aller plus loin. »

Les détracteurs de la mesure fiscale affirment qu’elle cible un secteur en particulier et qu’elle pourrait au bout du compte impacter la classe moyenne si les banques redirigent les coûts vers les clients. « Les grandes compagnies financières ont passé à travers la crise et ont profité de la pandémie pour accroître leur profit », défend M. Duclos.

L’économiste affirme même que la mesure serait bonne pour l’industrie financière. « C’est profitable pour tout le monde, les compagnies savent très bien qu’une économie forte et résiliente dans le futur va les aider à faire de bonnes affaires. »

Les libéraux n’iront pas jusqu’à augmenter l’impôt des grandes sociétés pour financer leur promesse, comme le propose le Nouveau Parti démocratique (NPD), qui veut accroître le taux d’imposition de 15 % à 18 %, soit le taux en vigueur en 2010. « Augmenter les impôts de manière plus large n’est pas une bonne façon de sortir de la pandémie. La plupart des entreprises ont été fragilisées, les travailleurs aussi. Ce n’est pas le moment de penser à des augmentations d’impôts. »

La fin de la PCRE

Si la pertinence de l’aide aux travailleurs ayant perdu leur emploi durant la pandémie fait consensus, des gens d’affaires et le Bloc québécois pensent que la Prestation canadienne de la relance économique (PCRE) aggrave désormais la pénurie de main-d’œuvre.

Pour M. Duclos, la pénurie de main-d’œuvre est d’abord un enjeu structurel et la PCRE n’en est pas responsable. 

Dans la région de Québec [où il tente de se faire réélire], ça fait depuis dix ans qu’on commence à subir les effets des changements démographiques. Ça fait 40 ans que les démographes nous disent que le changement démographique va créer des pénuries de main-d’œuvre.

Jean-Yves Duclos

Il ajoute que « de moins en moins de gens » utilisent le programme et que les prestations ont également diminué. Au départ, le programme versait 1000 $ aux deux semaines pour les 42 premières semaines et 600 $ de la 43e à la 50e semaine. Depuis le 17 juillet, les nouveaux prestataires reçoivent 600 $ aux deux semaines.

Si les libéraux obtiennent un troisième mandat, la PCRE se terminera « dans quelques semaines », soit le 23 octobre prochain, comme prévu.

L’aide qu’apporterait un gouvernement Trudeau serait ciblée vers les secteurs en difficulté comme le secteur du tourisme, des arts et de l’évènementiel. Par exemple, la plateforme prévoit fournir une aide aux entreprises dans l’industrie touristique en adoptant une subvention salariale et une subvention pour le loyer ciblées, qui pourraient compenser jusqu’à 75 % de leurs frais afin de les aider à passer au travers de la saison morte en hiver.

Les libéraux veulent également réformer le programme d’assurance-emploi, dont les lacunes sont devenues apparentes durant la pandémie, ce qui a forcé la création la Prestation canadienne d’urgence (PCU), l’ancienne PCRE. Ils veulent entre autres que les travailleurs autonomes aient accès au programme.

Si le milieu syndical réclame une bonification de l’assurance-emploi, cette idée préoccupe cependant le milieu des affaires, particulièrement les petites entreprises. L’employeur paie 60 % des cotisations, contre 40 % pour les salariés.

M. Duclos ne veut pas s’avancer à savoir qui du gouvernement, des employeurs ou des employés devront financer les changements. « On a déjà sollicité les avis de tous et de toutes [travailleurs et entreprises] pour trouver la bonne manière de faire la modernisation de l’assurance-emploi. »