(Paris) La sécheresse historique vécue cet été par le Canada aura-t-elle raison des pâtes « carbo » et des coquillettes au jambon ? Les fabricants de pâtes alertent sur les menaces que fait peser cet épisode climatique extrême sur leurs approvisionnements en blé dur.

Nicolas GUBERT Agence France-Presse

« Le dérèglement climatique met en danger le marché des pâtes alimentaires », ont prévenu le Sifpaf (syndicat des industriels fabricants de pâtes alimentaires) et le CFSI (Comité français de la semoulerie industrielle), dans un communiqué alarmant lundi soir.

En cause, principalement, la vague de chaleur d’une intensité exceptionnelle qui a touché cet été le Canada, premier pays producteur de blé dur, dont il représente à lui seul les deux tiers du commerce mondial.

Elle fait craindre aux industriels pastiers une « pénurie de blé dur » et une « flambée historique des prix mondiaux ».

Le « dôme de chaleur » qui a affecté le pays, « devrait conduire à une récolte […] de moins de 4,2 millions de tonnes, soit 32 % de moins que la moyenne des cinq dernières années et près de 30 % de moins que les prévisions du 20 juillet », selon les chiffres du bureau statistique canadien StatCan.

Selon les scientifiques, les canicules à répétition sont un marqueur sans équivoque du réchauffement de la planète et ces vagues de chaleur sont appelées à encore se multiplier, s’allonger et s’intensifier.

Les cours de la tonne de blé dur ont d’ores et déjà commencé à s’emballer, confirme Arthur Portier, analyste au cabinet Agritel : « on était il y a un mois à 335 dollars, et on est aujourd’hui à plus de 430 dollars. Le marché a pris 100 dollars en un mois », indique-t-il à l’AFP.

De quoi inquiéter des industriels pour lesquels le blé dur, principale matière première avec l’eau, représente au moins 50 % des coûts de production.

Car si les fabricants français, par exemple, s’approvisionnent exclusivement en France, la hausse touche également l’Hexagone : « En France, il a augmenté de plus de 30 %, d’environ 110 euros la tonne », a indiqué à l’AFP François Rouilly, directeur général de Panzani.

« La production mondiale cette année est particulièrement basse et la demande sera supérieure de 2 Mt par rapport à la production, sachant qu’on a des stocks de report extrêmement bas », a-t-il ajouté.

En France, « un tiers de la production de blé dur est destiné au marché intérieur, les deux autres tiers à l’exportation dans l’Union européenne et les pays du Maghreb », selon Christine Petit, secrétaire générale du syndicat Sifpaf.

Des hausses de prix à prévoir

Mais si, dans l’hexagone, la production de blé dur excède les besoins, « tous les industriels du Nord et du Sud de l’Europe ont décuplé leurs achats, car ils pressentent bien que le Canada ne pourra pas satisfaire les approvisionnements mondiaux », selon Mme Petit, qui décrit un « marché étroit ».

L’inquiétude est d’autant plus grande qu’au-delà de l’aspect volumes, il y a des inquiétudes sur la qualité : M. Portier a évoqué des « risques d’échaudage sur les blés qui vont être récoltés » au Canada.

Ce phénomène, qui peut se produire en cas de fortes chaleurs pendant les dernières semaines qui précèdent la moisson, constitue un accident de croissance du grain, qui se traduit par un moins bon remplissage de ce dernier.

En France, à l’inverse, ce sont les fortes pluies des dernières semaines qui laissent craindre des qualités très hétérogènes selon les bassins de production.

Dans l’immédiat, les industriels ont demandé aux pouvoirs publics « un plan d’urgence » pour assurer leur approvisionnement en blé français et faire en sorte que les distributeurs répercutent « l’explosion du prix du blé dur dans les prix de vente ».

« On n’aura pas le choix, il faudra que le prix des pâtes augmente en linéaire », a averti M. Rouilly, soulignant que cette hausse, « de quelques centimes », ne devrait pas grever significativement le pouvoir d’achat.

Concernant une éventuelle pénurie dans les rayons, M. Rouilly juge cette inquiétude prématurée : « à un moment donné, on sera peut-être amené à faire des arbitrages », a-t-il toutefois indiqué.

Lors de la dernière crise de ce type en 2007, la France, qui ne produit que 40 % de sa consommation de pâtes, avait vu les industriels italiens refuser de livrer certaines marques de distributeurs, trop inflexibles à leur goût sur les prix.