Québec met en place un projet pilote sur la Côte-Nord pour réintégrer sur le marché du travail les personnes qui s’en sont éloignées. À terme, croit le ministre Jean Boulet, ce modèle pourra être reproduit ailleurs au Québec.

Rafael Miró
Rafael Miró La Presse

Le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale a annoncé qu’il financerait le programme ExplorEmploi de Sept-Îles à hauteur de 537 000 $. Grâce à cette somme, les entreprises de la région pourront offrir des stages à des personnes qui ont de la difficulté à intégrer le marché du travail. Les stagiaires seront rémunérés par le gouvernement à un taux de 13,50 $ l’heure, pour un maximum de 160 heures.

Le programme cible spécifiquement une clientèle « éloignée du marché de l’emploi », selon les termes du gouvernement.

« Ce sont essentiellement des personnes qui ont décroché du marché de travail, explique en entrevue téléphonique Jean Boulet. Souvent, ce sont des personnes qui ont vécu des ruptures dans leur vie personnelle ou professionnelle. Par exemple, ça peut être des gens qui sont devenus judiciarisés, qui ont eu une dépression importante ou des problèmes de dépendance à l’alcool ou aux drogues. »

Le stage s’adresse également à des tranches de la population qui font face à plus de difficultés sur le marché du travail, comme les femmes, les autochtones et les personnes handicapées.

« Le projet pilote vise à leur tendre la main et à les aider à faire un stage exploratoire pour développer des habiletés : apprivoiser ce qu’est un environnement de travail, apprendre ce qu’est la ponctualité, ce qu’est la relation humaine ou ce qu’est le respect des instructions d’un employeur. »

Je pense que c’est une approche qui est novatrice en raison de son caractère hyperindividualisé. On s’occupe de la personne et de ses particularités. Surtout, on s’assure que le retour en emploi se fait dans un environnement qui est bienveillant et qui fait le suivi adéquat.

Jean Boulet, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale

« La beauté, c’est que l’entreprise reçoit l’appui de conseillers à l’emploi », explique Léna Simard, directrice d’Action-Emploi Sept-Îles. « Chaque semaine, on fait faire à l’entreprise et à la personne une évaluation à propos de sa participation. Au bout du compte, on veut développer des outils pour un maintien à l’emploi. »

ExplorEmploi fonctionnera en partenariat avec huit organismes locaux, dans plusieurs municipalités. « Ce sont des intervenants et des intervenantes qui sont plus susceptibles de connaître les caractéristiques de chaque personne », souligne à La Presse M. Boulet.

Un modèle exportable ?

Cette initiative vient répondre à une pénurie d’emploi particulièrement criante au Québec. D’après les chiffres de Statistique Canada rapportés par Jean Boulet, le taux de chômage est de 4 % sur la Côte-Nord, contre 6,3 % dans l’ensemble du Québec. Le ministre croit que ce programme fait partie des solutions à explorer pour régler ce problème qui freine la croissance des entreprises. « On parle de la pénurie maintenant, mais c’est un phénomène qui va nous confronter encore beaucoup d’années », explique-t-il en citant le vieillissement de la population.

Il y a des restaurants qui sont gérés et dont le service est fait en entier par des personnes trisomiques ou autistes, à Montréal et dans d’autres régions au Québec. Ça démontre à quel point il y a un potentiel, si on essaie de combattre les préjugés contre ces personnes-là.

Jean Boulet, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale

Jean Boulet espère pouvoir mettre en place d’autres initiatives ailleurs au Québec, peut-être même avant la fin du projet pilote. « Je pense que ça peut s’appliquer partout au Québec. Il y a une ouverture nouvelle que nous devons stimuler pour répondre à notre problème de pénurie de main-d’œuvre. »

Les stages ont commencé en mai et doivent se poursuivre pour les trois prochaines années. Au total, le projet touchera environ 150 personnes.