La saison des framboises est arrivée très vite cette année, environ deux semaines avant la date habituelle. Peut-être même trop vite, car cette abondance soudaine pourrait avoir du mal à trouver preneur.

Rafael Miró
Rafael Miró La Presse

« Des framboises du Québec prêtes pour le 1er juillet, c’est du jamais vu », explique Jennifer Crawford, présidente de l’Association des producteurs de fraises et de framboises du Québec. Un peu partout au Québec, les producteurs de framboises font face à une récolte copieuse et surtout exceptionnellement prématurée. D’habitude, les premières framboises arrivent vers la mi-juillet.

Selon Jennifer Crawford, cette précocité serait due au printemps clément que le Québec a connu.

On a eu beaucoup de douceur en avril et même de vraies vagues de chaleur en mai. Ça a vraiment modifié le calendrier de production.

Jennifer Crawford, présidente de l’Association des producteurs de fraises et de framboises du Québec

La récolte a été encore plus hâtive pour les producteurs qui font pousser leurs framboisiers sous tunnels, comme Jocelyn Trottier, qui récolte des framboises depuis la Saint-Jean-Baptiste. « Faut être honnête, des framboises en juin, c’est pas mal rare. »

« La bonne nouvelle, c’est que les plants sont très fournis et que le calibre est très bon, se réjouit Jennifer Crawford. Les framboises sont super grosses, comme les fraises cette année, et le temps chaud a fait augmenter le taux de sucre. »

Toutes en même temps

Le problème, c’est que situation météo risque d’écourter la saison. Les producteurs remplissent en général leurs champs de variétés qui donnent des fruits à différentes périodes, afin que leurs récoltes se succèdent. Cette année, plusieurs variétés ont commencé à mûrir simultanément, au grand dam des agriculteurs.

« La saison va être plus courte, surtout pour l’autocueillette », s’inquiète Jennifer Crawford. Hugo Bourdelais, copropriétaire de la ferme Bourdelais à Lavaltrie, craint que la saison ne dure pas assez longtemps pour attirer sa clientèle habituelle. « Habituellement, les vacances de la construction, c’est pas mal notre pic pour l’autocueillette. Là, le pic va plutôt arriver dans une semaine environ, donc c’est difficile d’évaluer si les gens vont se déplacer ou vont être disponibles. »

« Les gens vont peut-être penser que c’est plus tard, mais cette année, c’est maintenant », indique Jennifer Crawford. « Si ces fruits-là restent dans les champs, c’est vraiment des pertes importantes. Je pense que c’est un stress pour les producteurs en ce moment. »

La récolte inhabituellement condensée pose aussi problème pour la vente en épicerie, d’autant que les supermarchés n’ont pas l’habitude d’offrir des framboises québécoises à ce moment-ci de l’année. « Les épiceries ont encore des framboises américaines sur les étals, donc les producteurs ont de la misère à écouler leurs framboises », explique Jennifer Crawford. Dans la circulaire IGA du 1er au 7 juillet, par exemple, ce sont encore des framboises américaines et mexicaines qui sont mises en valeur.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Cette année, la récolte des framboises a débuté dès la Saint-Jean-Baptiste pour Jocelyn Trottier.

Jocelyn Trottier a eu quelque mal à écouler ses stocks la semaine dernière, et s’est inquiété de voir le prix de vente baisser.

Même si j’avais avisé mes clients que j’allais commencer plus tôt, c’est comme si la semaine dernière, l’offre avait dépassé la demande. Ça cause un stress, c’est sûr ; on voit des champs mûrir rapidement et des quantités qui ne sortent pas.

Jocelyn Trottier, producteur de framboises

Heureusement, les choses commencent à s’arranger pour Jocelyn Trottier depuis vendredi. Son carnet de commandes s’est regarni, ce qui lui fait dire que les choses devraient revenir à la normale. D’autant que la météo le sert bien : le temps frais de vendredi devrait ralentir un peu le mûrissement, et permettre de vendre les fruits un peu plus graduellement. « S’il avait continué à faire aussi chaud, ça aurait été préoccupant parce que les champs auraient moisi plus rapidement. »

Chez Metro, on ne s’inquiète pas trop de pouvoir acheter toutes les framboises québécoises. « Toutes proportions gardées, les quantités sont minuscules par rapport à ce dont on a besoin pour satisfaire la commande. On ne fait même pas de promotion dans nos cahiers pour les framboises québécoises, parce que sinon, ça part trop vite », indique Geneviève Grégoire, cheffe des communications chez Metro.

« À côté des framboises américaines, les framboises québécoises partent toujours comme des petits pains », résume Jennifer Crawford.