Pour la première fois depuis 10 ans, l’inflation a dépassé la limite supérieure du taux cible de la Banque du Canada en avril, ce qui vient nourrir les craintes d’un retour durable de l’inflation.

Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

Le niveau des prix mesuré par l’indice des prix à la consommation (IPC) est passé d’un rythme annuel de 2,2 % en mars à 3,4 % en avril, a fait savoir mercredi Statistique Canada. D’un mois à l’autre, l’IPC a augmenté de 0,6 %. La Banque du Canada s’est donné l’objectif de maintenir l’inflation dans une fourchette de 1 % à 3 %.

Le rebond de l’inflation était attendu, mais il a quand même été supérieur aux attentes des analystes. Comme prévu, c’est l’augmentation du prix de l’essence (+ 62,5 % depuis un an) qui a poussé le taux d’inflation à la hausse. En excluant le prix de l’énergie, la hausse des prix est de 1,6 %. Les prix ont augmenté dans toutes les provinces. Au Québec, l’inflation a été mesurée à 3,4 % en avril, soit le même taux que la moyenne canadienne.

Hausses tous azimuts

En plus de l’essence, la plupart des éléments du panier de biens et de services qui composent l’indice des prix à la consommation sont à la hausse. « Pas moins de 70,3 % des composantes du panier de l’IPC affichent une variation annuelle des prix plus élevée qu’il y a trois mois », souligne Benoit Durocher, économiste principal de Desjardins. « Il s’agit d’une proportion inégalée depuis 10 ans. »

En augmentation

Les produits qui ont augmenté le plus fortement en avril sont les services de téléphonie (+ 5,1 %), la viande (+ 1,9 %) et les vêtements pour femmes (+ 3,4 %). Dans le cas des vêtements, la hausse des prix ne s’explique pas par le retour de la demande, puisque le télétravail est encore généralisé, mais plutôt par le fait que les détaillants avaient offert de gros rabais en ligne l’an dernier pour réduire leur stock, selon Statistique Canada.

En baisse

Parmi les composantes de l’IPC qui ont baissé en avril, il y a les légumes frais
(- 5,6 %), les primes d’assurance de véhicules de tourisme (- 1,4 %) et le coût de l’intérêt sur les hypothèques (- 0,8 %). En avril, les prix des services de téléphonie sont en hausse, mais sur un an, ils ont baissé de 13 %, selon Statistique Canada, en raison des promotions offertes toute l’année par les fournisseurs de services sans fil sur certains forfaits de téléphonie.

Le logement et le bois

Le bois ne fait pas partie du panier de produits qui servent à mesurer l’IPC, mais la frénésie qui règne actuellement sur ce marché a quand même un effet sur le niveau de l’inflation. L’augmentation du prix du bois a ainsi poussé à la hausse le prix des meubles en bois (+ 6,9 % depuis un an) et les coûts de construction, d’entretien et de réparation des propriétés. Cette dernière catégorie est en hausse de 9,1 %, sa plus forte augmentation depuis 1989. L’augmentation du prix du bois a donc une incidence sur le coût du logement. En fait, le coût du logement est influencé par deux facteurs qui jouent en sens inverse, précise Statistique Canada. L’augmentation du prix du bois (utilisé dans la construction et la rénovation) pousse le prix du logement à la hausse, mais les coûts des intérêts, qui sont à un creux historique, atténuent cette hausse. Les prix du logement ont progressé de 3,2 % d’une année à l’autre en avril, après avoir augmenté de 2,4 % le mois précédent.

Durera, ou non ?

La question qui hante les marchés depuis plusieurs semaines déjà est de savoir si une spirale inflationniste nous guette ou si le grand retour de l’inflation sera temporaire, comme l’assurent le gouverneur de la Banque du Canada et le président de la Réserve fédérale américaine. Chez les spécialistes, les avis divergent. « Considérant les chiffres élevés publiés [mercredi], nous croyons que les pressions des prix pourraient être persistantes plutôt que transitoires », estiment les économistes Kyle Dahms et Matthieu Arseneau, de la Banque Nationale. Maintenant que le pays se prépare au déconfinement, les consommateurs voudront reprendre le temps perdu, ce qui augmentera les pressions inflationnistes, mais à court terme seulement, croit de son côté Even Andrade, économiste chez IHS Markit. « L’inflation devrait revenir vers les 2 % l’an prochain », prévoit-il.