La capacité des ménages à acheter une propriété s’est détériorée au Canada au cours du premier trimestre de 2021, selon l’indice d’abordabilité mesuré par Desjardins. Le Québec reste toutefois l’endroit le plus abordable du pays pour devenir propriétaire.

Isabelle Dubé
Isabelle Dubé La Presse

Depuis des mois, tous les éléments sont réunis pour faire en sorte que l’indice d’abordabilité Desjardins (IAD) soit à la baisse.

Déjà, à la sortie du confinement, en juin 2020, les ventes de résidences ont fortement augmenté et la croissance s’est poursuivie à un rythme effréné partout au pays sans s’arrêter. Ce qui a fait en sorte que le prix de vente moyen d’une propriété est resté à de très hauts niveaux dans de nombreuses villes et a entraîné, comme on le sait, de la surenchère à beaucoup d’endroits.

Si l’offre peu abondante de propriétés sur le marché en regard de la forte demande a joué un rôle important, la faiblesse historique des taux hypothécaires a permis de limiter la baisse de l’indice d’abordabilité Desjardins. Cet indice permet d’estimer la capacité des ménages à acquérir une propriété et à en assumer les coûts en plus d’évaluer les risques qui pèsent sur le marché de l’habitation et d’anticiper les grandes variations des prix des résidences.

« Ce n’est pas une grande surprise que l’IAD se soit contracté au premier trimestre de l’année, affirme Chantal Routhier, économiste sénior chez Desjardins, lors d’un entretien téléphonique. Cependant, les taux hypothécaires historiquement faibles ont permis à l’IAD de se contracter un peu moins que ce à quoi on aurait pu s’attendre. »

« C’est vraiment la hausse des prix qui a joué un rôle important pour le Québec, dit-elle, car le revenu des ménages a légèrement augmenté dans la province. »

Le Québec plus abordable

Entre le dernier trimestre de 2020 et le premier de 2021, les revenus disponibles après impôts ont augmenté plus rapidement au Québec que dans le reste du pays. La province a enregistré une hausse de 0,7 % alors qu’en Ontario, les revenus disponibles après impôts sont restés presque stables à 0,2 %. Pendant ce temps au Canada, on enregistrait une baisse de 2,5 %.

Le revenu moyen disponible après impôts était de 77 869 $ au cours des trois premiers mois de 2021. Étonnamment, d’avril à juin et de juillet à septembre 2020, en pleine pandémie, le revenu moyen disponible après impôts a augmenté par rapport aux trois premiers mois de l’année, avant que le Québec soit en pause. Il est passé de 73 639 $ au premier trimestre de 2020 à 79 805 $ puis à 80 290 $.

« Deux facteurs ont joué sur l’abordabilité au Québec. Il y a les revenus disponibles après impôts qui ont crû plus rapidement au Québec, et le deuxième facteur, c’est la croissance du prix de vente moyen qui a été plus faible durant cette période que ce qu’on a observé ailleurs au Canada dans les régions métropolitaines de recensement (RMR) qui sont analysées dans le document. »

Les villes encore abordables

Windsor, en Ontario, est la ville la moins abordable de la liste des régions métropolitaines de recensement, suivie par Ottawa-Gatineau et Toronto. Montréal se classe dans les villes à surveiller, entre Vancouver et Calgary. Tout en haut trône Saguenay qui est de loin la ville la plus abordable ; viennent ensuite Trois-Rivières, Québec et Sherbrooke.

Hausses des taux hypothécaires à la fin de 2021

Les taux hypothécaires actuels sont historiquement faibles, mais la Banque du Canada a signalé une normalisation à venir dans sa politique monétaire. « Dans ce contexte, on ne restera pas à ces niveaux bas encore sur une très longue période et il faut s’attendre à des hausses de taux dans les prochains trimestres », souligne Chantal Routhier.

Au dernier trimestre de 2021, Desjardins prévoit que les taux hypothécaires pour un an varieront de 2,40 % à 3,35 %. Pour ce qui est des taux fermés pour 3 ans, les économistes de l’institution financière s’attendent à ce qu’ils se situent entre 3,10 % et 4,05 %, tandis que pour 5 ans, on prévoit de 4,5 % à 5,45 %.