Ce ne sera peut-être pas la Chine qui tirera la croissance économique du monde en 2021, comme on le croyait jusqu’ici. À voir ce qui se passe au sud de notre frontière, les États-Unis ont pris une option dans la course à la reprise. Et le Canada, qui s’apprête à offrir à sa population un budget de relance, devrait en prendre bonne note.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Comme les fleurs au printemps, les signes de reprise de l’économie se multiplient aux États-Unis. Seulement depuis le début d’avril, il y en a une flopée.

Les chiffres de l’emploi, publiés comme d’habitude le premier vendredi du mois, indiquent que l’économie américaine a créé presque 1 million d’emplois en mars, chiffre le plus élevé depuis août 2020. Si le taux de chômage reste élevé, à 6 %, les nouvelles inscriptions au chômage, mesurées de façon hebdomadaire, sont à leur niveau le plus bas depuis le début de la pandémie.

Avec un vaccin dans le bras et de l’argent dans leurs poches grâce au plan d’urgence de l’administration Biden, les consommateurs américains ne se sont pas fait prier pour dépenser. Les ventes au détail ont décollé en mars, avec une augmentation de 10 %. Certaines de ces dépenses sont révélatrices d’une sortie de crise : les achats de vêtements ont bondi de 18 %, tandis que les dépenses dans les restaurants et les bars ont augmenté de 13 %.

Toujours en mars, l’indice de confiance des consommateurs mesuré par le Conference Board a enregistré sa troisième hausse mensuelle en importance depuis les années 1970.

Le rebond du secteur des services était attendu, après des mois de restrictions sanitaires, mais le secteur manufacturier a aussi le vent en poupe. La Réserve fédérale américaine constate une frénésie de l’activité manufacturière dans les régions de New York et de Philadelphie, là où l’indice atteint son plus haut niveau en 50 ans.

Autre signe qui ne trompe pas, les mises en chantier de logements neufs ont fait un bond de 20 % en mars, à un sommet depuis 15 ans. Ça signifie 1,7 million de maisons et d’immeubles en construction. Les mises en chantier de logements sont actuellement à un niveau plus élevé qu’avant la pandémie, grâce aux taux d’intérêt très bas.

Au-delà des statistiques

Il n’y a pas que les chiffres officiels qui annoncent le beau temps. Les entreprises font aussi preuve d’un optimisme renouvelé tant dans les statistiques que dans la réalité. Des projets d’investissements privés de plusieurs dizaines de milliards de dollars sont dans l’air. Samsung parle d’investir 20 milliards US dans une usine de microconducteurs, et Google a annoncé des investissements de 7 milliards US et la création de 10 000 emplois sur le sol américain cette année.

Les transporteurs aériens sortent la tête de l’eau. American Airlines et Delta Air Lines perdent encore beaucoup d’argent, mais transportent de plus en plus de voyageurs. Le grand patron de Delta a dit à CNBC qu’il prévoyait un retour des profits à l’été.

Les banquiers américains sortent intacts de la crise ; certains en sortent même plus forts. Goldman Sachs et Morgan Stanley, notamment, affichent des résultats record.

Si tous ces signes produisent les fruits attendus, la récession de 2020 aura été la plus soudaine, la plus profonde et la plus courte de l’histoire des États-Unis.

Et le rebond pourrait aussi passer à l’histoire. Le Fonds monétaire international vient de réviser à la hausse des prévisions de croissance pour les États-Unis pour 2021, à 6,4 %, taux généralement associé aux économies émergentes. Les économistes de la Banque Nationale sont encore plus optimistes, à 6,6 %, et les prévisionnistes de Morgan Stanley tablent sur une croissance de 7,5 %, qui serait la plus forte depuis les années 1950.

Il n’en faut pas plus pour que le mot en B commence à circuler. B comme dans boom économique.