Québec aura droit à une compensation financière

Publié le 19 avr. 2021
Joël-Denis Bellavance
Joël-Denis Bellavance La Presse

(Ottawa) Dans le tout premier budget qui portera sa signature, lundi, la ministre des Finances Chrystia Freeland entend frapper un grand coup pour mettre sur pied un réseau national de garderies.

S’inspirant du modèle québécois, la ministre mettra sur la table 4 milliards de dollars supplémentaires dès cette année afin d’inciter les provinces à créer un réseau national de garderies « abordable et universel », a appris La Presse.

Cette somme s’ajoutera aux 2 milliards de dollars déjà prévus pour ces services durant l’exercice 2021-2022, selon nos informations.

Tout indique que Mme Freeland profitera du budget pour annoncer aussi des investissements dans le secteur aérospatial, ainsi que le financement de nouvelles mesures pour lutter contre les changements climatiques, notamment en proposant des sommes pour les rénovations écoénergétiques et accélérer l’électrification des transports, entre autres choses.

PHOTO BLAIR GABLE, ARCHIVES REUTERS

Chrystia Freeland, ministre des Finances du Canada

Dans sa mise à jour économique de l’automne dernier, la ministre Chrystia Freeland a signalé que le gouvernement Trudeau proposerait dans le budget un plan de relance oscillant entre 70 et 100 milliards de dollars sur trois ans, lequel sera mis à exécution dès que la pandémie de COVID-19 sera terminée. Il s’agit du premier budget fédéral en deux ans.

Le Québec, qui consacre près de 3 milliards de dollars par année aux centres de la petite enfance, obtiendra évidemment sa juste part des investissements colossaux qu’entend faire Ottawa dans ce domaine au cours de la prochaine décennie.

Un droit de retrait avec compensation financière lui sera offert, étant donné que les services de garde existent depuis plus de 20 ans dans la province. Ce transfert en argent sonnant pourrait permettre au gouvernement Legault de créer les milliers de places qui manquent au Québec pour répondre aux besoins de familles. Il pourrait aussi faciliter le travail du ministre des Finances du Québec, Eric Girard, visant à rétablir l’équilibre budgétaire.

« Ce sera un montant substantiel. Et ce sera un montant récurrent. Il n’est pas question d’offrir des incitatifs aux provinces pour ensuite se défiler », a indiqué une source gouvernementale digne de foi.

« Les investissements vont permettre de créer plus de places en garderies, de réduire les coûts des services, d’offrir un environnement d’apprentissage aux jeunes enfants, en plus de créer des emplois », a ajouté cette source proche du dossier.

Éviter l’abolition du programme

Le gouvernement Trudeau songerait aussi à créer un tout nouveau transfert aux provinces qui sera affecté aux services de garde afin d’éviter qu’un futur gouvernement abolisse ce programme, comme l’avait fait en 2006 l’ancien gouvernement conservateur de Stephen Harper. Il a toutefois été impossible de confirmer la formule qui a été retenue par la ministre Chrystia Freeland pour obtenir le concours des provinces.

L’ancien gouvernement Harper avait mis la hache dans les ententes conclues entre les provinces et le gouvernement précédent dirigé par Paul Martin qui visaient à investir 5 milliards sur cinq ans pour jeter les bases d’un réseau national de garderies. Les conservateurs avaient préféré offrir une aide directe aux familles sous forme de chèque mensuel pour les aider à payer les services de garde.

« Nous voulons lancer le tout rapidement. Si une province nous indique qu’elle veut les fonds pour des services de garde demain matin, il sera possible de passer à l’action. Le but, c’est de créer un modèle qui coûte entre 8 $ et 10 $ par jour », a indiqué une autre source gouvernementale.

À l’extérieur du Québec, les coûts des services de garde sont devenus prohibitifs dans plusieurs provinces. Dans les grandes villes en Ontario, ils coûtent plus de 50 $ par enfant par jour.

Au cours des dernières semaines, la ministre Chrystia Freeland a multiplié les signaux selon lesquels elle comptait s’atteler à la tâche de créer un tel réseau national. D’autant que la pandémie a provoqué une crise économique qui a eu un effet dévastateur sur l’emploi des femmes – situation que plusieurs experts ont baptisée la She-cession.

En effet, beaucoup de femmes ont cessé de travailler durant la pandémie après la fermeture des écoles et de garderies qui a été décrétée par les gouvernements l’an dernier. Bon nombre de ces femmes ne sont pas retournées au travail.

Selon une étude publiée l’automne dernier par la Banque Scotia, offrir à tous les Canadiens l’équivalent de ce qui existe au Québec coûterait 11,5 milliards par année. Mais un tel investissement rapporterait gros au fisc des deux ordres de gouvernement. Selon un rapport du Centre for Future Work, également publié l’automne dernier, les gouvernements pourraient récolter de 17 à 29 milliards en recettes supplémentaires par année grâce à l’arrivée de plus en plus de parents sur le marché du travail.

« Un service de garderies, ce n’est pas simplement un argument social ou un programme social. C’est fondamentalement un programme économique, qui fait entrer plus de femmes sur le marché du travail, permettant aux familles de ne pas avoir à faire des choix impossibles entre avoir un autre enfant ou rester sur le marché du travail », a d’ailleurs lancé le premier ministre Justin Trudeau il y a deux semaines.