(Washington) Le commerce nord-américain est dans un « moment critique » avec la pandémie de COVID-19, affirment des chefs d’entreprise canadiens, qui se lancent dans une campagne concertée pour renforcer leurs liens avec les États-Unis.

James McCarten
La Presse Canadienne

La nouvelle « feuille de route » pour un partenariat Canada-États-Unis est la plateforme idéale pour commencer à renforcer les relations existantes et à faire face à certains irritants de longue date, mais le temps presse, soutient la Chambre de commerce du Canada dans un nouvel effort de lobbying lancé mardi.

« En termes simples, il n’y a pas de voie vers notre relance commerciale sans un renouvellement significatif des relations commerciales entre le Canada et les États-Unis », a déclaré le président et chef de la direction de la chambre, Perrin Beatty.

« C’est pourquoi la Chambre de commerce du Canada prévoit jeter les bases de ce renouvellement dès maintenant, afin que nos membres puissent pleinement exploiter les occasions de rebond et de reprise le moment venu. »

La campagne se concentre sur cinq enjeux clés :

— Faire pression sur le gouvernement fédéral pour qu’il établisse un plan de réouverture de la frontière canado-américaine « qui soit étayé par des paramètres et des dates clairs ».

— Faire en sorte que les règles protectionnistes « Buy American » ne refusent pas aux exportateurs et aux fournisseurs canadiens l’accès à des milliers de millions de dollars pour des projets d’infrastructures américains et d’autres dépenses de relance.

— Préserver les chaînes d’approvisionnement continentales de défense et de sécurité « étroitement intégrées ».

— Établir une approche bilatérale commune à la fois pour les défis environnementaux et les infrastructures énergétiques partagés, ainsi que pour les chaînes d’approvisionnement pour le développement minier.

— Redoubler d’efforts en matière de coopération réglementaire afin de rationaliser les mécanismes bilatéraux et de réduire la bureaucratie pour les entreprises.

Malgré la rhétorique familière d’Ottawa et de la Maison-Blanche sur l’importance de la relation, il incombera au Canada de veiller à ce que ses meilleurs intérêts soient représentés, a déclaré Mark Agnew, vice-président politique et international de la Chambre.

« Peu d’Américains se réveillent le matin à Washington en pensant à la façon de rendre service aux entreprises canadiennes », a souligné M. Agnew.

« N’oubliez pas que nous ne sommes pas seuls : les Britanniques sont là, les Australiens sont là, les Japonais sont là, et bien d’autres, et les États-Unis ont leurs propres problèmes intérieurs assez importants. Nous devons être en mesure de surmonter cela. »

Les désaccords ne manquent pas non plus sur une variété de questions, certaines de longue date et d’autres plus récentes.

Le président Joe Biden a envoyé un signal clair lors de sa première journée à la Maison-Blanche lorsqu’il a annulé l’expansion du pipeline Keystone XL, qui aurait transporté 800 000 barils supplémentaires de bitume dilué des sables bitumineux de l’Alberta vers des raffineries de la côte américaine du golfe du Mexique.

Les mots de M. Biden sur l’assurance que les travailleurs, les fournisseurs et les entrepreneurs américains seront les principaux bienfaiteurs de son plan d’infrastructures de 2000 millions n’a guère rassuré les dirigeants canadiens.

Et la représentante au commerce des États-Unis, Katherine Tai, n’a montré aucune indication qu’elle avait l’intention de faire des concessions sur deux autres sources de friction familières : le bois d’œuvre et l’accès américain au marché laitier canadien.

M. Agnew a également souligné l’examen en cours par l’administration Biden des chaînes d’approvisionnement américaines pour un certain nombre de produits clés, notamment les puces informatiques, les batteries de véhicules électriques, les produits pharmaceutiques et les minéraux critiques.

C’est à la fin du mois de février que M. Biden et le premier ministre Justin Trudeau se sont rencontrés pour finaliser les détails de leur feuille de route bilatérale, qui, au nom d’une diplomatie de haut niveau, s’est concentrée sur des domaines de « vision partagée » et de « préoccupation mutuelle ».

Les priorités comprenaient la lutte contre la pandémie, la relance des économies canadienne et américaine et la synchronisation des efforts des deux côtés de la frontière pour atteindre des émissions nettes nulles d’ici 2050.

La feuille de route a également mentionné la diversité et l’inclusion sociales, l’élargissement de la coopération en matière de défense continentale et la modernisation du NORAD, et une confiance renouvelée dans les institutions mondiales comme l’OTAN et l’Organisation mondiale du commerce.

« Elle passerait sous silence le rôle important que jouent les entreprises canadiennes dans les chaînes d’approvisionnement américaines et les chaînes d’approvisionnement continentales dans leur ensemble », dit M. Agnew.

« Vous ne pouvez pas vous fier à la bonté des gens. Ce que vous devez dire, c’est : « Le Canada veut que vous fassiez cela, et il est dans l’intérêt des Américains de faire X ou Y, comment pouvons-nous aligner tout cela » », explique-t-il.

« Qu’est-ce que nous apportons à la table de manière proactive, plutôt que d’être toujours en retrait, à demander des choses ? »