Le prix du bois d’œuvre, matériau essentiel à la construction de maisons, ne restera pas au niveau stratosphérique d’aujourd’hui bien longtemps, mais il ne retournera pas de sitôt à son niveau d’avant la pandémie.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

Le Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ), qui représente les scieurs, prévoit un prix à terme autour de 800 $ ou 850 $ le millier de pieds mesure de planche (pmp). Dans les 10 dernières années, par exemple, le prix a souvent gravité autour des 450 $ le millier de pmp. Au Québec, le coût moyen de production est de 400 $ le millier de pmp.

Actuellement, la spéculation et la pénurie appréhendée ont propulsé le prix à 1400 $, voire 1500 $ le millier de pmp.

Pour le consommateur, ça se traduit par une forte inflation du prix du populaire madrier de 2 po sur 4 po de 10 pi de long. De 7,63 $ le 1er janvier, son prix est passé à 10,36 $ le 15 mars, indique François Bernier, vice-président, affaires publiques, de l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ).

Un prix de 1400 $ par millier de pmp est insoutenable, reconnaît sans ambages Michel Vincent, économiste du CIFQ. Le prix baissera d’ici 6 à 12 mois, selon lui, quand l’industrie réussira à regarnir ses réserves. Ce jour viendra lorsque l’économie redémarrera pour de bon et que les dépenses discrétionnaires du consommateur augmenteront au détriment de son budget alloué aux rénovations domiciliaires.

Le directeur, économie et marchés, du CIFQ participait à un webinaire jeudi midi, organisé par l’APCHQ. L’inflation du prix des matériaux est le sujet de l’heure dans l’industrie de la construction.

Il faut savoir que le marché du bois d’œuvre est intégré à l’échelle du continent. Le prix est le même partout, à Boston, à San Francisco ou à Montréal. Le Québec produit environ 10 % du sciage résineux en Amérique du Nord.

À terme, les prix du bois d’œuvre resteront plus élevés qu’avant la pandémie, selon le Conseil de l’industrie forestière du Québec, parce que l’accroissement de la capacité de production paraît limité, tandis que la demande nord-américaine pour le bois d’œuvre restera forte au cours des 5, voire des 10 prochaines années.

L’Amérique du Nord, importateur net de bois dès 2021

« Il va manquer de bois en Amérique du Nord, et on est en train de s’approcher de cette situation », annonce M. Vincent aux entrepreneurs en construction à l’écoute.

Ironique pour une région qui a été colonisée d’abord pour ses fourrures puis pour son bois, l’Amérique du Nord deviendra un importateur net de bois en provenance de l’Europe dès cette année, soutient Michel Vincent.

Pareille situation survient rarement. La dernière fois, c’était au début des années 2000, en pleine folie immobilière causée par l’essor des prêts hypothécaires à haut risque (subprimes) chez nos voisins du Sud.

Ce printemps, c’est la tempête parfaite. Les stocks, qui avaient fondu pendant la mise sur pause de l’économie au printemps 2020, n’ont jamais pu être regarnis. Les consommateurs confinés qui se sont lancés dans les rénovations partent avec tout ce qu’ils trouvent.

Les importations de bois arrivent donc à la rescousse pour soulager l’industrie. Les livraisons sont rapidement passées de 100 millions de pmp par mois à 200 millions.

À plus long terme, l’industrie continuera de compter sur les importations, puisque les scieurs nord-américains sont incapables d’augmenter leur production suffisamment dans les prochaines années. « Il n’y a pas de volonté chez ceux qui possèdent la forêt d’alimenter l’industrie avec plus de bois. C’est comme ça partout en Amérique du Nord », souligne M. Vincent.

« La demande est là »

Quant à la demande pour le bois d’œuvre, elle restera forte, s’il faut en croire l’économiste du CFIQ.

La variable clé, c’est le nombre annuel de mises en chantier aux États-Unis. La moyenne des 60 dernières années s’élève à 1 500 000 nouveaux logements par an. Au Canada, elle est plutôt de 150 000 logements.

Or, tout semble pointer vers une reprise durable de la construction résidentielle après la décennie perdue qui a suivi la grande récession de 2008-2009. Entre 2010 et 2019, il s’est construit 8 millions de logements seulement. Il faut retourner à la décennie 1940-1949 pour trouver un niveau aussi faible. On comptait alors 150 millions d’Américains, comparativement à 350 millions de nos jours.

La population américaine est en manque de maisons neuves.

Michel Vincent, économiste du Conseil de l’industrie forestière du Québec

Les nombreux milléniaux, nés de 1981 à 1996, sont maintenant rendus à l’âge d’acquérir une propriété. Les taux hypothécaires n’ont jamais été aussi bas en 50 ans. Le nombre de maisons existantes à vendre est faible, et leur prix augmente rapidement. La prime entre le prix d’une maison neuve et celui d’une maison existante est tombée sous les 20 %. La confiance des constructeurs américains est à son zénith.

Les prévisionnistes avancent que les mises en chantier aux États-Unis dépasseront les 2 millions de logements dès 2023, niveau observé pour la dernière fois en 2006, il y a 15 ans.

« Les constructeurs américains vont en construire, des maisons. Ils s’attendent à en construire beaucoup dans les six prochains mois, comme dans les prochaines années. Et la demande en bois d’œuvre va suivre », résume M. Vincent.