(Québec) Le gouvernement Legault profitera de son budget ce jeudi pour revoir à la hausse ses investissements prévus afin de relancer l’économie, au moment où les prévisionnistes sont plus optimistes qu’avant concernant la reprise au Québec. Le retour à l’équilibre budgétaire sera néanmoins « difficile », prévient le ministre des Finances, Eric Girard, qui, mercredi, ne s’engageait plus à atteindre son objectif d’ici cinq ans.

Publié le 25 mars 2021
Tommy Chouinard
Tommy Chouinard La Presse

Le grand argentier du gouvernement avait déjà prévu près de 900 millions de dollars dans diverses mesures pour relancer l’économie en 2021-2022, et il ira encore plus loin dans son budget. Plusieurs ministères seront mis à contribution et se partageront l’enveloppe supplémentaire.

En santé, les dépenses resteront très importantes en raison de la pandémie. L’ajout de personnel comme les préposés aux bénéficiaires représente une facture annuelle récurrente de 750 millions par année. Pour le secteur de l’éducation, Eric Girard annonce la création d’un fonds de 125 millions destiné à la construction d’infrastructures sportives pour les écoles.

Québec est en voie d’enregistrer un déficit de 15 milliards pour l’exercice en cours. L’automne dernier, il s’attendait à être dans le rouge de 8,3 milliards en 2021-2022 et de 7 milliards l’année suivante. Si on exclut les dépenses exceptionnelles et non récurrentes liées à la COVID-19, Québec calcule que son « déficit structurel à résorber » se situe entre 5,5 et 7 milliards de dollars.

Un retour à l’équilibre budgétaire en cinq ans comme le prévoit la loi apparaît comme une opération difficile, voire irréaliste, selon des économistes.

Tant le Conseil du patronat que les centrales syndicales ont suggéré au ministre de repousser l’échéance pour éviter des coupes importantes dans les dépenses ou encore une hausse du fardeau fiscal. Le Parti libéral du Québec, qui avait été inflexible quant à l’atteinte du déficit zéro sous Philippe Couillard, plaide aujourd’hui pour un report de l’équilibre budgétaire étant donné le contexte.

Jusqu’ici, Eric Girard soutenait que le déficit zéro serait atteint en cinq ans conformément à la Loi sur l’équilibre budgétaire. Or il a refusé de renouveler cette position lors d’une mêlée de presse mercredi, à la veille du dépôt de son budget intitulé « Un Québec résilient et confiant ». Il a entretenu le flou à ce sujet. Il a soutenu que « l’importance de revenir à l’équilibre budgétaire n’a pas changé », sans préciser d’horizon.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

Eric Girard, ministre des Finances à la veille du dépôt du budget

Chaussures de course

Fidèle à la tradition des ministres des Finances, Eric Girard s’est procuré de nouveaux souliers, des chaussures de course cette fois — c’était des lames de patin l’année dernière. Il les a achetées à la boutique Le Coureur nordique à Québec, afin de saluer « la résilience des PME » en cette pandémie.

« J’avais l’intention aussi de [dire] que j’allais les utiliser pour retrouver le sentier de l’équilibre budgétaire, mais on vient de m’informer que ce n’est pas des bons souliers pour courir en sentier. Vous voyez que ce n’est pas scripté ! Ce ne sera pas facile ! », a-t-il lancé aux côtés des propriétaires de la boutique, Jimmy Gobeil et Jolyane Bérubé.

Après une période sombre en 2020, une embellie se profile à l’horizon. Des prévisionnistes du secteur privé viennent de réviser les perspectives de croissance économique du Québec. Et les nouvelles sont bonnes. Après une contraction d’environ 5,1 % l’an dernier, le PIB réel va croître de 6 % en 2021, selon Desjardins, voire de 6,5 %, selon la Banque Royale.

Dans sa mise à jour de l’automne dernier, le ministre des Finances s’attendait à pire comme résultat pour 2020 (— 6 %) et se faisait moins optimiste pour cette année (5 %). Il est probable qu’Eric Girard ait modifié lui aussi ses prévisions. Une telle décision n’est pas banale : un point de pourcentage de plus du PIB se traduit par environ 800 millions de dollars supplémentaires en recettes pour le gouvernement.

Jusqu’à présent, la reprise a été plus forte que prévu au Canada, malgré la rudesse de la deuxième vague et l’imposition de mesures de confinement dans trois provinces au début de 2021. Et maintenant que les campagnes de vaccination de masse s’amorcent, nous croyons que la reprise s’accélérera.

Extrait du plus récent bulletin sur les perspectives provinciales de la Banque Royale

En conséquence, l’institution financière a « fortement révisé à la hausse » ses prévisions d’un océan à l’autre. « Nous prévoyons maintenant que le Québec mènera le bal avec un taux de croissance de 6,5 % en 2021. Nous nous attendons à ce que toutes les économies provinciales profitent grandement de la demande refoulée, de l’épargne élevée des ménages et des mesures de soutien et de relance des gouvernements. »

Des perspectives économiques plus favorables

Pour Desjardins, « maintenant que les restrictions sont graduellement levées et que la campagne de vaccination s’accélère, les perspectives économiques sont nettement plus favorables ». « La période de récupération sera par conséquent plus rapide qu’anticipé et la croissance du PIB réel pourrait ainsi atteindre 6,0 % cette année, puis ralentir à 3,4 % l’an prochain », ajoute l’institution dans ses plus récentes prévisions économiques et financières.

Québec prévoit modifier la Loi sur la réduction de la dette et instituant le Fonds des générations, fonds qui sert à réduire le poids de la dette. Les cibles qui y sont prévues pour 2025-2026 seront difficilement atteignables dans le contexte actuel.

Sur cette question, le ministre Eric Girard a l’appui de nombreux groupes et d’économistes qui se sont exprimés lors des consultations prébudgétaires. On suggère en particulier de suspendre ou de réduire les versements annuels dans ce fonds, des versements qui atteignent aujourd’hui environ 3 milliards par année. Québec pourrait rediriger dans ses coffres des sommes qui sont versées normalement dans le Fonds (les 500 millions provenant de la taxe spécifique sur les boissons alcooliques, par exemple). L’opération lui permettrait de dégager une marge de manœuvre pour payer d’autres dépenses.

D’autres options s’offrent au gouvernement : il pourrait revoir la définition du déficit zéro, par exemple. L’équilibre budgétaire est calculé après le versement au Fonds des générations en vertu de la loi. C’est donc dire que pour atteindre le déficit zéro, il faut dans les faits un surplus comptable au chapitre des revenus et des dépenses, surplus qui est équivalent au versement au Fonds des générations. M. Girard avait déjà soulevé cette question en 2019.