(Montréal) Les secousses provoquées par la pandémie de COVID-19 ont peut-être freiné les projets entrepreneuriaux en ramenant certains indicateurs aux niveaux observés en 2013, ce qui n’empêche pas d’observer des signaux encourageants du côté des femmes, des immigrants et des 18-34 ans, selon l’Indice entrepreneurial québécois.

Julien Arsenault
La Presse Canadienne

D’après le portrait dévoilé mardi par le Réseau Mentorat, ces trois catégories permettent de demeurer optimiste en matière de relève entrepreneuriale.

Est-ce que la crise sanitaire, qui est responsable de nombreuses pertes d’emplois chez les femmes, les immigrants et les plus jeunes, a incité un plus grand nombre de personnes à se lancer en affaires pour se trouver du travail ?

« C’est certain que ça a pu jouer un rôle, je n’en ai aucun doute, a expliqué le directeur du Réseau Mentorat, Pierre Duhamel, au cours d’un entretien téléphonique. Mais ce n’est pas le seul facteur. Il y a certaines tendances dans ces trois catégories que l’on observait depuis plusieurs années. »

En dépit du contexte économique difficile en 2020, 34,6 % des 18 à 34 ans ont affirmé avoir l’intention de mettre sur pied ou reprendre une entreprise, ce qui constitue une hausse de 3,8 points de pourcentage. Chez les immigrants, un peu moins de trois répondants sur dix ont dit s’intéresser à la possibilité de démarrer une compagnie — au deuxième rang dans les catégories. Du côté des femmes, 15,1 % souhaitaient faire de même.

L’indice a révélé que la baisse des taux d’intention, de démarches et de propriétaires avait été « deux fois moins lourde » chez les femmes comparativement aux hommes.

Parmi les nouveaux entrepreneurs — qui comptent moins d’une année en activité — on recensait 17,3 % de femmes contre 10 % d’hommes en 2020.

« On voit que les femmes sont plus pressées à s’engager, a dit M. Duhamel. Il semble y en avoir beaucoup qui ont vu des occasions pour offrir des produits ou des services qui sont devenus populaires en raison des restrictions imposées en raison de la pandémie. »

Bon augure

Toutes catégories confondues, le taux d’intention de créer ou reprendre une entreprise s’est établi à 16,8 % l’an dernier, par rapport à 20,4 % en 2019. En ce qui a trait à ceux qui entament des démarches, la proportion s’est contractée de 1,4 point de pourcentage, à 8,3 %. Dans les deux cas, il s’agit de niveaux semblables à ceux observés en 2013.

Néanmoins, le directeur général du Réseau Mentorat a estimé que l’on pouvait être « optimiste » en regardant vers l’avant.

M. Duhamel a rappelé que 82,7 % des propriétaires sondés considéraient que leur entreprise ne risquait pas de fermer à l’heure actuelle. Toutefois, 46,6 % des répondants ont indiqué « reconnaître une réelle fragilité » de leurs activités.

« Cela (la pandémie) n’a pas été l’incendie de forêt appréhendé, a-t-il affirmé. Malgré les risques actuels, la capacité d’adaptation des entrepreneurs est très forte. »

Le directeur général du Réseau Mentorat n’a pas caché que la crise sanitaire avait « sans l’ombre d’un doute » eu un « gros impact » chez les intentions et les démarches pour lancer ou reprendre une entreprise.

Cela n’a toutefois pas empêché d’enregistrer des progressions du côté des 18-34 ans, ce qui est encourageant, a-t-il ajouté.

Parmi les secteurs étudiés, celui de la construction a enregistré l’an dernier des reculs à « toutes les étapes de la chaîne », soit au chapitre des intentions, du démarchage et du taux de propriétaires, souligne l’indice. La situation est similaire chez d’autres secteurs malmenés par la crise tels que les arts et spectacles.

L’Indice entrepreneurial québécois est présenté par le ministère de l’Économie et de l’Innovation et par d’autres partenaires comme la Banque Nationale, la Caisse de dépôt et placement du Québec ainsi que l’Ordre des CPA du Québec. Il a été mené par l’entremise d’un sondage entre le 1er et le 27 décembre. Plus de 5340 personnes ont répondu au questionnaire complet. La marge d’erreur est de plus ou moins 1,3 %, 19 fois sur 20.