Donald Trump a quitté la Maison-Blanche dans la controverse. Il retourne à l’entreprise familiale, mais qu’est-ce qui y attend le milliardaire ? Son refus de reconnaître sa défaite et ses encouragements aux émeutiers du Capitole vont-ils nuire à la Trump Organization ? L’après-Maison-Blanche pourrait être difficile pour l’entrepreneur, selon des experts.

Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

Combien vaut-il ?

2,5 milliards US. C’est la valeur nette de l’empire de Donald Trump en date de vendredi dernier, selon le magazine Forbes. Essentiellement, c’est la valeur de ses actifs moins ses dettes.

Une chute de valeur de 2 milliards en cinq ans

La fortune de Donald Trump a chuté de 44 % depuis cinq ans. À l’hiver 2016, alors qu’il briguait l’investiture républicaine, Donald Trump valait 4,5 milliards US, selon Forbes. La pandémie de COVID-19 a contribué à la diminution de sa fortune, mais la chute était déjà bien entamée : en octobre 2019, Donald Trump valait 3,1 milliards US, selon Forbes.

Immobilier et golf

Oubliez les casquettes « MAGA » et autres produits dérivés. La fortune de Donald Trump, c’est essentiellement des propriétés immobilières, surtout des immeubles de bureaux.

Selon Forbes, sept immeubles — le 555 California Street à San Francisco, cinq immeubles à New York dont la Trump Tower et Trump Park Avenue, ainsi que sa résidence de Mar-a-Lago en Floride — représentent environ les deux tiers de la fortune de Donald Trump.

Ironiquement, son immeuble qui vaut le plus cher (valeur nette, après les dettes) ne porte pas le nom de Trump et n’est pas situé à New York. C’est plutôt le 555 California Street, situé au centre-ville de San Francisco, que Donald Trump détient à 30 %. À l’automne 2019, Forbes estimait que cette participation de 30 % valait 477 millions US. Ses trois immeubles ayant la plus grande valeur sont des immeubles commerciaux. Ensemble, ils représentent 40 % de sa fortune.

Donald Trump possède également 14 clubs de golf, principalement aux États-Unis, évalués à 416 millions US par Forbes en 2019. Il a aussi environ 150 millions US en banque et en placements boursiers.

Ses autres activités, comme les produits dérivés, ses avions et les redevances de ses livres, ne constituent qu’une petite partie de son empire. Au maximum, elles sont évaluées à 32 millions US, selon les documents rendus publics par la Maison-Blanche.

Des revenus en baisse de 40 %

La Trump Organization manquera-t-elle de liquidités ? Ses revenus ont diminué de 40 % l’an dernier, passant de 148 millions US à 71 millions US, selon le Washington Post qui se base sur des documents de la Maison-Blanche. La vaste majorité des revenus de Donald Trump provient de l’immobilier et de ses clubs de golf, et l’année 2020 a été difficile pour ces secteurs en raison de la pandémie.

Des entreprises qui coupent leurs liens

Depuis les émeutes du Capitole le 6 janvier dernier, plusieurs entreprises ont décidé de ne plus faire affaire avec la Trump Organization.

Donald Trump a perdu deux de ses banquiers. La Deutsche Bank, longtemps sa principale banque, a décidé de ne plus faire affaire avec lui. L’hypothèque de 300 millions US à la Deutsche Bank continuera jusqu’à terme comme prévu, selon le New York Times. La Signature Bank (au C.A. de laquelle a déjà siégé sa fille Ivanka) a fermé deux de ses comptes où il détenait 5,3 millions US.

La PGA a aussi annulé le contrat d’un de ses clubs de golf pour accueillir les championnats de la PGA en 2022.

Finalement, la Ville de New York a annulé les contrats de la Trump Organization pour gérer deux patinoires dans Central Park, le carrousel de Central Park et un club de golf public à Brooklyn.

Et maintenant quoi ?

Au fond, Donald Trump est un promoteur immobilier et un hôtelier.

En immobilier, particulièrement du côté commercial, son sort ne devrait pas être si différent de celui des autres promoteurs. « Tout dépendra de ce qui arrivera sur le marché immobilier à New York, dit Michel Magnan, professeur en comptabilité et gouvernance à l’Université Concordia. D’une manière paradoxale, sa mauvaise gestion de la pandémie lui coûtera probablement cher. Il a beaucoup d’immeubles de bureaux, mais le centre-ville de New York s’est vidé. Ce sont de bons immeubles, mais encore faut-il qu’ils aient des locataires. »

La marque Trump, infréquentable depuis les émeutes du 6 janvier selon certains experts, nuira-t-elle aux affaires du controversé personnage ? Pour ses hôtels, assurément, pense Stephen A. Greyser, professeur émérite en marketing à l’Université Harvard. « Ce qui rend des hôtels rentables, ce sont des évènements corporatifs et des conférences avec beaucoup d’invités, dit-il en entrevue avec La Presse. Il y aura un risque important pour ces organisations d’être associées à la marque Trump. Ce sera plus facile de trouver un autre hôtel. Même chose pour les mariages. »

Le même phénomène serait toutefois plus étonnant dans le cas des locataires de ses immeubles de bureaux, qui pourraient difficilement mettre fin à leurs baux.

Un exemple des risques que peut représenter le fait d’être trop près de Donald Trump ? Le fondateur et PDG de MyPillow, qui appuie les allégations fausses de Donald Trump sur la fraude électorale dont il dit avoir été victime, a vu les chaînes JCPenney et Kohl’s cesser de vendre ses produits.

Ce qui pourrait devenir le principal problème de Donald Trump : son niveau d’endettement. Avec une économie au ralenti — particulièrement dans l’immobilier —, il doit continuer à payer ses créanciers et renégocier ses prêts qui viennent à échéance. Pour l’instant, Forbes estime que la valeur nette de ses actifs (donc en comptant les dettes) est de 2,5 milliards US. Rappelons que son père, Fred Trump, lui aurait donné et légué au fil du temps l’équivalent de 413 millions US (en dollars de 2018), selon le New York Times.

– Avec Forbes, le Washington Post, le New York Times et C-SPAN