Craignant d’être contraintes par le gouvernement à fermer leurs portes, des chaînes de magasins du Québec ont compilé et dévoilé leurs statistiques sur la COVID-19. Elles affirment avoir recensé seulement 2 cas de transmission en milieu de travail depuis le début de la pandémie malgré le passage de 36,2 millions de clients. Ce qui donne un taux de transmission de 0,00 001 %.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

« Ce qu’on dit à Québec, c’est : s’il vous plaît, ne fermez pas les boutiques. Ce n’est pas la bonne cible pour réduire le nombre de cas [de COVID-19]. On l’a fait en Ontario et ça ne change rien », s’est exclamée Debbie Zakaib, directrice générale de mmode, au cours d’un entretien avec La Presse.

En tout, 42 chaînes de magasins détenues par 25 entreprises québécoises ont uni leur voix à l’initiative de mmode pour passer le message au gouvernement. Parmi elles se trouvent Aldo, Bentley, Bon Look, Club C, Dynamite, La Vie en Rose et Tristan.

Pour calculer le taux de transmission de 0,000 01 %, mmode a additionné le nombre de cas survenus dans 16 chaînes de magasins possédant des compteurs de clients (en n'en utilisent pas toutes). Depuis le début de la pandémie, 36,2 millions de visiteurs ont franchi leurs portes. Et parmi leurs 13 000 employés, 2 ont contracté la COVID-19 sur leur lieu de travail.

Chaque fois qu’un cas de COVID-19 est déclaré dans une boutique, celle-ci doit fermer ses portes et être désinfectée. Ce protocole s’applique aussi aux supermarchés.

Selon mmode, « les chiffres ne mentent pas » et ils sont la « preuve que les mesures strictes mises en place sont respectées et portent fruit ».

Dans les boutiques La Vie en Rose et Bikini Village, « nous avons eu 9 624 000 clients et seulement 37 cas de COVID-19 [parmi les employés] depuis sept mois, dont seulement un cas de transmission en milieu de travail », donne en exemple leur propriétaire, François Roberge. Les 36 autres employés infectés ont contracté la maladie en fréquentant leurs amis ou leur famille, affirme l’homme d’affaires.

Plus facile de contrôler dans les boutiques

« Je voudrais qu’on m’explique où est le danger, car il n’y en a pas, de cas ! », lance Jean-François Transon, qui dirige les 40 magasins de chaussures Club C et Nero Bianco.

L’homme d’affaires craint d’être forcé de fermer, alors que, dit-il, il est facile dans les petites boutiques de contrôler le nombre de clients et de s’assurer du respect des mesures sanitaires. Bien plus facile, plaide-t-il, que dans les grandes surfaces comme Costco, Walmart et Home Depot.

Chez Tristan, où on a servi près de 715 000 clients, aucun employé n’a été contaminé, dit le propriétaire, Gilles Fortin. Idem dans ses deux usines et son centre de distribution.

Les 16 chaînes de magasins qui ont compilé leurs données appartiennent à Aldo, Bentley, Bon Look, Club C, Dynamite, La Vie en Rose, Manteaux Manteaux, Rudsak et Tristan.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Debbie Zakaib, directrice générale de mmode

La grappe de la mode affirme par ailleurs que, parmi les 19 200 employés des 42 enseignes faisant front commun, seulement 9 ont contracté la COVID-19 en milieu de travail.

« Neuf cas, c’est tellement rien ! », insiste Debbie Zakaib. Elle fait aussi valoir que les semaines qui s’en viennent « sont des semaines cruciales pour les détaillants ». Pour beaucoup d’entre eux, ce sont les meilleures de l’année. Une fermeture aurait donc un impact considérable sur leur santé financière.