La traditionnelle dinde de Noël suivra un régime minceur cette année. Avec un temps des Fêtes qui sera célébré en groupes restreints, le populaire oiseau présentement vendu en supermarché est de plus petite taille et se retrouve également sous différentes découpes – escalope, rôti, poitrine – une variété que l’on retrouve habituellement peu en magasin.

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

« On a produit des dindes qu’on a abattues un peu plus vite, explique le président des Éleveurs de volailles du Québec, Pierre-Luc Leblanc, au cours d’un entretien avec La Presse. On s’est préparés à cette possibilité (que les consommateurs voudraient acheter des quantités plus petites). Nos deux plus grands transformateurs, Olymel et Exceldor, nous ont fait produire des dindes plus petites, de quatre kilos environ. »

Celles qui sont normalement vendues sur le marché pèsent en moyenne six kilos, explique M. Leblanc. Autant du côté des détaillants que des transformateurs, on confirme cette tendance à vouloir mettre au centre de la table une volaille plus petite.

Les commandes que nous recevons vont en ce sens. Les demandes pour les dindons de plus petites tailles ainsi que les découpes de dindons sont en hausse.

Jordan Ouellet, conseiller en communications pour Exceldor

« Les consommateurs s’intéressent à d’autres coupes », ajoute Anne-Hélène Lavoie, porte-parole chez IGA. Même son de cloche chez Métro où la responsable des communications, Geneviève Grégoire note aussi que « les plus petites dindes se vendent plus que d’habitude ». Chez Maxi et Provigo on offrira des dindes de toutes les tailles allant de 3 kilos à 11 kilos.

Les différentes découpes offertes cette année sont normalement destinées au marché des hôtels, des restaurants et des institutions (HRI), explique M. Leblanc. Selon lui, le consommateur n’aura jamais eu autant de choix. « L’objectif qu’on a, c’est d’être plus présents en épicerie. »

Rappelons que pour faire face à la pandémie en début d’année, les éleveurs de dindons à travers le pays ont dû réduire leur production de 8 %, notamment en raison de la fermeture des restaurants. Ce qui a entraîné pour les producteurs québécois des pertes financières de 5,4 millions.

Le test de l’Action de grâce

Avec l'annulation des regroupements familiaux cette année à Noël, les consommateurs pourraient-ils décider de changer leur menu des Fêtes et troquer la dinde contre un autre type de repas ? Les ventes pourraient-elles être moins importantes ? Rappelons que normalement, un dindon sur trois est consommé pendant cette période de festivités. À ce chapitre, M. Leblanc se dit certain que le plat traditionnel se retrouvera encore au centre de bon nombre de soupers en décembre.

« À l’Action de grâce, on était bien inquiet, raconte le président des Éleveurs de volailles. On se disait que ça serait un bon test pour voir ce qui se passerait à Noël. » Or, à l’échelle canadienne, les ventes de dindons ont augmenté de 22 % en septembre et octobre cette année, par rapport à la même période l’an dernier.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Pierre-Luc Leblanc, président des Éleveurs de volailles du Québec, dans un poulailler de sa ferme à Saint-Pie.

Les gens ont le temps de cuisiner, c’est Noël. Si on se fie à l’Action de grâce, on est optimistes pour la période des Fêtes.

Pierre-Luc Leblanc, président des Éleveurs de volailles du Québec, qui s’attend même à une hausse des ventes

Du côté des Volailles d’Angèle, dans la région de Lanaudière, on a cessé de prendre des réservations pour l’achat de dinde. La copropriétaire, Angèle Grégoire, affirme avoir vendu ses 300 dindes disponibles à la ferme. Comme tous les producteurs de volailles, elle a dû réduire sa production en début d’année avec la pandémie, c’est ce qui explique pourquoi elle en a moins abattu cette année pour Noël. Elle affirme tout de même que l’engouement est encore là et constate aussi cet appétit des clients pour des oiseaux plus petits.

« Les gens veulent des petites dindes. Ils veulent avoir des 5 livres (environ 2 kilos), ça n’existe pas. Ce qu’on fait, c’est qu’on découpe plus. Ils vont prendre des rôtis. »

Traiteur en format réduit

Par ailleurs, les dindes ne sont pas les seules à avoir subi une cure d’amaigrissement. Même avant que le gouvernement demande aux gens de renoncer à se rassembler à Noël, plusieurs traiteurs ont vu le montant des factures des clients diminuer cette année. C’est le cas du traiteur Agnus Dei. Normalement, près de 95 % de ses commandes proviennent du milieu des entreprises. Cette année, cette proportion a diminué à 65 %, explique le propriétaire David Carrier. Il reçoit donc davantage de commandes pour des groupes de huit ou 10 personnes qui seront livrées à trois adresses différentes. « Les commandes sont beaucoup plus petites », admet M. Carrier.

Il salue toutefois la décision du premier ministre qui n’a finalement pas attendu au 11 décembre pour annoncer ses intentions concernant les célébrations de Noël. « La clé du succès, c’est de le savoir au plus tôt, le plus vite possible. On peut s’adapter. »

Le dindon en chiffres

• Les Éleveurs de volailles du Québec représentent 148 fermes d’élevage de dindon au Québec
• 22,4 % de la production canadienne de dindon est faite au Québec
• Meilleurs moments de l’année pour les ventes : Pâques (10 %), Action de grâce (14 %), Noël (36 %)
Source : Les Éleveurs de volaille du Québec

Dinde ou dindon ?

La classification des viandes utilise le masculin pour désigner la viande provenant de cette volaille sans égard au sexe de l’animal. Dinde ou dindon sont donc équivalents, selon le site Le Dindon du Québec.