(Paris) L’horizon se dégage grâce aux espoirs de vaccin, mais les perspectives demeurent « très incertaines » à court terme : l’OCDE a revu à la baisse mardi sa prévision de croissance mondiale en 2021 et appelé les gouvernants à prendre à bras le corps le sujet du chômage des jeunes.

Eve SZEFTEL
Agence France-Presse

Le PIB devrait finalement rebondir de 4,2 %, et non de 5 % comme l’Organisation de coopération et de développement économiques l’anticipait lors de ses dernières prévisions en septembre.  

Entre-temps a déferlé la deuxième vague de la pandémie de COVID-19, qui a fait plus de 1,46 million de morts depuis la fin décembre, conduisant un grand nombre de pays à reconfiner leur population.

« Les perspectives à court terme restent très incertaines, la reprise de l’activité étant de plus en plus hésitante », reconnaît l’OCDE.  

Pour autant, les nouvelles sur le front du vaccin portent à l’optimisme. Lundi, le laboratoire américain Moderna a déposé une demande d’autorisation aux États-Unis faisant espérer de premières vaccinations dès le mois de décembre. L’alliance Pfizer-BioNTech a fait de même auprès de l’Agence européenne du médicament, disant espérer une distribution d’ici à la fin du mois.

« L’espoir est là », a reconnu Angel Gurria, le secrétaire général de l’OCDE, lors d’une conférence de presse. Avant de mettre en garde : « les défis logistiques » à relever avant de pouvoir distribuer un vaccin à grande échelle sont énormes.  

Aussi l’institution basée à Paris invite-t-elle à ne pas se faire d’illusions : il faudra « vivre avec le virus pendant encore six à neuf mois au moins » et « ce sera compliqué ».

Retard scolaire

Surtout pour les personnes peu qualifiées, les jeunes et les petites entreprises, a prévenu la cheffe économiste de l’OCDE Laurence Boone.  

Elle estime que les gouvernements « n’en font pas assez » pour lutter contre le chômage, qui touche en priorité les bas revenus. Aux États-Unis par exemple, le taux d’emploi des hauts revenus est revenu en novembre à son niveau de janvier, tandis que celui des bas revenus reste inférieur de 20 % à ce qu’il était en début d’année.

Autre sujet d’inquiétude, le chômage des 15-24 ans, qui était déjà très élevé en 2019 en zone euro, dépassant les 30 % en Espagne ou frôlant les 20 % en France. Un « stigmate » de la crise financière de 2008 qui n’avait pas été effacé au moment où la crise sanitaire éclatait.  

« Les enfants des milieux défavorisés ont pris un retard scolaire considérable pendant les confinements », a également alerté, graphiques à l’appui, la cheffe économiste de l’OCDE, dont le prochain classement Pisa, qui mesure les performances des systèmes éducatifs, est attendu en 2021.  

Enfin, des millions de PME, qui sont les « principales sources de création d’emplois », risquent la faillite, car elles croulent sous les dettes. Les plus jeunes sont les plus vulnérables. C’est vrai en particulier des secteurs de l’hébergement et de la restauration, des transports, ainsi que des arts, spectacles et loisirs, sévèrement affectés par les mesures de confinement.

Face au mur de la dette des entreprises, qui a dépassé les 100 % du PIB dans la plupart des économies développées, l’une des solutions pourrait être de convertir les créances des sociétés viables en capital, estime l’OCDE.  

Plus largement, l’organisation est sur la même ligne que le FMI : les politiques monétaires et budgétaires actuelles, fondées sur la doctrine du « quoi qu’il en coûte », doivent être poursuivies, voire amplifiées. « S’assurer que la dette est supportable ne sera une priorité que lorsque la reprise sera sur les rails. »